"Je suis
tellement faible (je l'étais surtout), que si je pouvais coïncider d'esprit avec qui que ce soit, je serais immédiatement
subjugué et
avalé par lui et
entièrement sous sa dépendance ; mais j'y ai l'œil, attentif,
acharné plutôt à être
toujours bien exclusivement moi.
Grâce à cette
discipline, j'ai maintenant des
chances de plus en plus grandes de
ne jamais coïncider avec
quelqu'esprit que ce soit et de pouvoir circuler librement en ce monde.
Mieux ! M'étant à tel point
fortifié, je lancerais bien un
défi au
plus puissant des hommes. Que me ferait sa volonté ? Je suis devenu si
aigu et circonstancié, que, m'ayant en face de lui, il n'arriverait pas à me trouver."
j'aime pas mal le travail écrit de Michaux, pour ce que j'en connais.
désolée, j'ai mis de la couleur pour m'y retrouver
donc c'est un homme qui s'annonce comme
faible d'entrée de jeu, et qui termine dans le
défi au
plus puissant des hommes. J'en voudrais des apathies de ce genre moi
entre les deux, de quoi parle-t-il ?
de joug et de liberté, entre autres.
C'est un homme qui dit que son esprit est libre, et si son esprit est libre, ce n'est pas par courage -il est faible- ce n'est pas parce qu'il est intelligent ; non plutôt il est "acharné", il se surveille, il se « discipline » pour ne pas plier, ne pas être « subjugué ». C't'un effort.
Parce qu'il y trouve une force.
Quelle force ? il peut se volatiliser, hors maîtrise extérieure certes, mais tout d'même, jouer les hommes invisibles le renvoie à l'isolement du regard "aigu et circonstancié"; et, à force d'identité, de subjectivisation, de quête de soi, peu importe le mot, finalement il nous dit que cette force revient à ne plus exister en tant qu'identité, à se dissoudre autrement. Aujourd'hui, n'importe quel lecteur de spiderman est au courant.
Mais c'est assez de son époque la question du libre-arbitre et de l'individualité, paradis perdus de l'avènement bourgeois digéré par l'après-Séparation et la première vague d'intellectuels, entre Gide et Martin du Gard, on a déjà pas fini de s'individualiser, autant dans les procédés narratifs que dans le rejet-fascination de la caste. Michaux est ado quand sortent Les caves et Jean Barois. Et la physique quantique d'ailleurs.
Bref c'est un truc sur la conscience, post-platonicien, joliment dit, allitérations, métaphore, panard pour les gourmands de conjugaison, effets poétiques, le luxe.
Ca dit aussi, en annexe, et quand on est mal luné, que la problématique de l'identité et de la fuite doit être sérieuse dans la vie de Michaux, ce qu'illustrent parfaitement les deux oeuvres picturales.
Celle à l'encre souligne l'uniformisation de l'individu et son happage par la masse. La peinture, elle, est floue, diffuse, non délimitée, informe, aucun choix de couleur qui réveille ou heurte sa voisine.
(Je les ai choisies parce qu'elles sont typiques de l'expo que j'ai vue.)
Aucune des deux oeuvres n'est très originale, mais apparemment ce n'est pas un critère retenu

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L'éducation peut tout : elle fait danser les ours.
