AccueilAccueil  ­FAQFAQ  ­RechercherRechercher  ­S'enregistrerS'enregistrer  ­MembresMembres  ­GroupesGroupes  ­ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartager | 
 

 Scènes cultes : Les Incorruptibles

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
alejandro
Vocabulivore émerite


Nombre de messages: 2090
Date d'inscription: 15/10/2004

MessageSujet: Scènes cultes : Les Incorruptibles   Dim 11 Fév - 3:08

Scènes cultes : Les Incorruptibles


Hommage à Eisenstein




Sorti en 1987, de Brian de Palma, (et la musique d’Ennio Morricone), Les Incorruptibles est le film qui a mis en orbite Andy Garcia et proclamé Kevin Costner star Hollywoodienne. La réputation de De Palma n’était déjà plus à faire, mais c’est là certainement un de ses films qu’on retiendra en priorité. On remarque aussi la présence de Sean Connery et la performance de Robert de Niro qui, pour la deuxième fois de sa carrière, après Ragging Bull, de Scorcesse, prendra plus de vingt kilos sur la balance.

Le film : Elliot Ness (Kevin Costner), est détaché d’une brigade financière à la ville de Chicago pour lutter contre le gang d’Al Capone (Robert de Niro) ; la police locale ayant fait la preuve de son manque de fiabilité, Ness s’entoure d’une petite équipe d’incorruptibles : Jim Malone (Sean Connery), Oscar Wallace (Charles Martin Smith) et Giuseppe Petri (Andy Garcia). Ensemble, ils parviennent à faire condamner Al Capone.

Contexte de la scène : Nous sommes vers la fin du film, Malone et Wallace sont morts ; le procès d’Al Capone a lieu en ce moment, ils n’ont rien trouvé de mieux que de le traîner devant un tribunal pour fraude fiscale. Mais pour le faire condamner, il leur faut le témoignage du comptable d’Al Capone, qui a été appelé à comparaître. Al Capone décide de mettre son comptable au vert afin de le soustraire à la Justice. Ness et Petri se rendent à la gare pour lui mettre la main dessus avant son départ, ils s’attendent à ce qu’il soit accompagné de nombreux gardes du corps.

Détails importants : 1/ Après la mort de Wallace, Ness est allé voir Al Capone pour lui casser la figure, ce que ses gardes du corps l’empêchent de faire, mais l’un d’eux s’est pris un pain dans la figure, en plein milieu du nez. 2/ Petri a été choisi pour rejoindre le groupe parce qu’il est un tireur exceptionnel.

Rappel : un plan, dans un scénario ou, plus précisément, dans un découpage technique, c’est-à-dire, dans un film en devenir, se définit comme ce qui se trouve entre le moteur de la camera et le coupez. Cependant, un plan lorsqu’on analyse un film existant, se définit comme ce qui se trouve entre deux coupes.

Nous choisissons comme plan numéro 1 le plan où Ness et Petri s’apprêtent à entrer dans la gare, au compteur : 1h 22 minutes.



Plan 1

Dans les plans précédents, il nous est rappelé qu’il ne faut pas que le comptable meure. A part ça, le train qu’il doit prendre est à 00h05.




Plan 2

Ness dit à Petri d’aller garder une autre entrée. Lui-même va se poster derrière la balustrade, à gauche sur l’image.



Plan 2 suite 1



Plan 2 suite 2

A plusieurs reprises, des gens qui pourraient être les gardes du corps d’Al Capone passent ; ce sont des fausses alertes. Et voilà qu’arrive un élément perturbateur …



Plan 37

Une femme avec un enfant en landau ! Au plein milieu de la fusillade qui s’annonce !




Plan 39

Longtemps, Ness observe cette femme, au milieu d’autres hommes dont il ne sait pas s’ils sont les porte-flingues de Capone ou pas. La fausse alerte dissipée, la femme est toujours là.



Plan 40


Ness se décide …



Plan 52




Plan 52 suite



Plan 56

On voit deux hommes à la droite de l’image, les deux premier garde du corps à faire leur apparition ; le compteur est à 1h 27 minutes, l’attente, interminable, a duré cinq minutes du film.





Plan 57



Plan 59 – deux.



Plan 63 – trois.

Il n’est pas dans la merde, l’ami Ness. Il n’est pas à son poste, il est encore dans les escaliers avec un landau dans les mains, et voilà que les hommes d’Al Capone viennent de débarquer en masse. Il y en a deux le long des escaliers et un troisième qui s’est mis au pieds des escaliers, devant une colonne. Mais on va voir que le landau qui va être un hommage appuyé à Einsenstein n’est pas seulement un clin d’œil aux cinéphiles, mais une idée magistrale dans la scène.



Plan 65



Plan 66

Le comptable, et un porte-flingue supplémentaire, quatre.




Plan 67



Plan 70

Et encore un, ça en fait cinq.



Plan 70 suite



Plan 73

Ness a cherché à passer inaperçu, mais là, ça ne le fait plus, d’autant que c’est probablement celui à qui il a cassé la figure et outre la dent qu’il a dû garder, Ness, il l’a bien pris en photo.




Plan 77

Va falloir y aller …



Plan 78



Plan 79



Plan 80



Plan 81




Plan 82

_________________
Tous les dieux étaient immortels.
Stanislaw Jerzy Lec
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://mapage.noos.fr/lesautdesandra
alejandro
Vocabulivore émerite


Nombre de messages: 2090
Date d'inscription: 15/10/2004

MessageSujet: Re: Scènes cultes : Les Incorruptibles   Dim 11 Fév - 3:08


Plan 83

Petri a entendu les coups de feu, il monte au front.



Plan 84



Plan 85



Plan 86



Plan 87



Plan 88



Plan 89



Plan 90



Plan 91



Plan 92



Plan 93

Encore une contrainte, la mère qui devient hystérique.



Plan 93 suite

Halte une seconde. Le cinéma est un art du temps et de l’espace, ai-je eu l’occasion de dire, où en es-t-on ? Imaginons qu’il n’y ait pas eu le landau : Ness serait resté derrière la balustrade, deux camps se seraient affrontés ; Ness d’un coté et, face à lui, les gangsters. Le landau n’est pas seulement l’occasion de faire monter la tension d’un cran, en faisant que le public se dise « bon sang de bon sang ! la femme et le môme vont se retrouver au milieu du tir croisé », mais oblige Ness à sortir de son espace pour être catapulté au milieu de celui des hommes d’Al Capone. Mais, sa position est légitime, si on peut dire, il est assimilé par les gangsters à un bon père de famille et supposent qu’il s’agit d’un couple. D’ailleurs, bon père de famille, dans le sens presque péjoratif du terme, c’est ce qu’il est, Ness. Au début du film, lorsqu’il se rend le premier matin au bureau où il a té affecté, sa femme lui prépare des sandwichs et glisse dans le sac un petit mot : « je suis fière de toi. » Ness se laisse faire. A bien d’égards, le film peut être compris comme la révolte d’hommes et de femmes ordinaires contre la violence institutionnalisée de la mafia, mais nous attarder là-dessus nous mènerait trop loin.

L’économie des moyens est généralement une bonne idée au cinéma, faire d’une pierre deux coups, surtout si les coups partent en sens inverse. Ici le landau introduit d’abord une contrainte (vite ! il faut que la mère et le bébé se cassent de là), une contrainte supplémentaire en immobilisant une main alors que la fusillade vient de commencer. Mais, en même temps, il a donné l’occasion à Ness de s’incruster dans l’espace des gangsters. Et le landau n’a pas fini de faire parler de lui !

Notez encore la quantité de choses qui se passent, et le temps écoulé entre le moment où le gangster à la moustache commence à sortir sa thomson et le moment où Ness lui tire effectivement dessus Une dilatation du temps qui à froid semble exagérée mais que dans l'action permet d'étaler la tension.




Plan 95



Plan 96
Pan ! un de moins.



Plan 97
Celui qui est au milieu de l’escalier se prend deux décharges de chevrotine. Je ne suis pas expert en balistique, mais je suppose que s’il ne tombe pas, c’est dû à la distance qui le sépare de Ness. Autant dire que celui qui est en bas est hors d’atteinte.



Plan 98



Plan 99




Plan 101



Plan 101 suite
Oui , il y a Petri, alias Andy Garcia.



Plan 104
Le landau ! le landau !



Plan 106



Plan 115



Plan 116



Plan 116 suite



Plan 117



Plan 118



Plan 120

Depuis Sergio Leone – c’est une parmi plusieurs de ses contributions au cinéma moderne –, il est courant, dans ce genre de situations, de multiplier les faux raccords afin de porter la solution (qui a tiré, qui est mort) au-delà de la fin de la fusillade, ou encore pour choquer visuellement le spectateur et appuyer les impacts de balle. Brian de Palma a choisi une autre option, l’espace est restitué rigoureusement, mais pas le temps. L’ensemble des plans de cette vue (plan 120) dure une éternité. Certes, le ralenti contribue à fausser la perception du temps, mais on voit Kevin Costner en gros plan, puis le mec devant la colonne, puis Costner à nouveau, puis le mec au milieu de l’escalier, puis Costner encore, qui évalue la situation et se demande ce qu’il va faire : s’occuper de l’un, de l’autre, ou du landau. Des longueurs qui étirent la tension.



Plan 121




Plan 125 – finalement, ça sera le landau, s’ils lui laissent faire.



Plan 129



Plan 130



Plan 140

Il faut signaler que les trois tirent comme des pieds. Le mec au milieu de l’escalier, en essayant de descendre Ness, tue tous les passants et perfore à plusieurs reprises le landau. Une des balles de Ness heurte la colonne à un mètre au-dessus de la tête du gangster.



Plan 144 – Plus de munitions !




Plan 148



Plan 149 – on ne voit pas bien sur mes images : Petri lance un revolver à Ness.



Plan 153




Plan 154



Plan 156



Plan 158 – Ouf ! le môme est sauf.

Ness rassure la femme et lui dit de ne pas bouger.



Plan 167

Le gangster survivant menace de tuer le comptable, et de les priver de témoin, s’ils ne le laissent pas filer. Pour Ness, il n’en est pas question.



Plan 178 – Ness donne l’ordre de tirer.



Plan 184



Plan 187

Quelques plans plus loin, c’est le lendemain au tribunal.

Il y a deux commentaires à faire sur la scène. D’abord, ce film a déjà vingt ans (ça ne nous rajeunit pas ; c’est un des premiers films que j’ai vus après mon arrivée en France), et il est possible qu’aujourd’hui De Palma aurait choisi un montage plus nerveux ; mes ses options de base restent valables et, aujourd’hui, cette séquence est tout aussi intense qu’à la sortie du film.

Sinon, il y a un certain nombre d’invraisemblances. Le dernier gangster rate constamment Ness parce qu’à cause des deux décharges de chevrotine il ne parvient pas à lever le pistolet assez haut. Mais à la fin, il n’a aucun problème pour poser son arme sur la mâchoire du comptable. Il y a aussi qu’en analysant la scène plan par plan, je compte l’entrée de cinq gangsters, mais je n’en vois tomber que quatre. De Palma a préféré jouer l’efficacité contre la vraisemblance et il a eu raison, on n’y voit que du feu, si j’ose dire.

On retient donc que la scène repose sur deux éléments : la contrainte et la tension créé par la mère avec son landau d’une part ; le jeu dans l’espace, en plaçant Ness au cœur de l’espace des gangsters, de l’autre. Le résultat est épatant.

_________________
Tous les dieux étaient immortels.
Stanislaw Jerzy Lec
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://mapage.noos.fr/lesautdesandra
Anti
Phrasophile averti(e)


Nombre de messages: 1439
Localisation: sur l'enterprise
Date d'inscription: 20/10/2004

MessageSujet: Re: Scènes cultes : Les Incorruptibles   Lun 12 Fév - 9:51

Ce fil est bien interessant. Il autrait été pertinant de montrer aussi des images des scènes de Eisenstein pour les profanes que nous sommes.

Anti

_________________
« Se voir le plus possible et s'aimer seulement, sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge, sans qu'un desir nous trompe ou qu'un remord nous ronge, vivre à deux et donner son coeur à tout moment » - Alfred De Musset
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.e-doodles.com/
alejandro
Vocabulivore émerite


Nombre de messages: 2090
Date d'inscription: 15/10/2004

MessageSujet: Re: Scènes cultes : Les Incorruptibles   Lun 12 Fév - 11:51


_________________
Tous les dieux étaient immortels.
Stanislaw Jerzy Lec
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://mapage.noos.fr/lesautdesandra
ours impatient
Drôle de zèbre


Nombre de messages: 2792
Localisation: 94
Date d'inscription: 15/10/2004

MessageSujet: Re: Scènes cultes : Les Incorruptibles   Mar 13 Fév - 11:42

je m'étais profondément ennuyée aux Incorruptibles, par contre j'avais gardé un souvenir très précis de cette scène, lente, décalée, et visuellement très réussie. Merci pour le découpage, hé y a pas qu'les profs de Français qui ont ces ptites manies cyclop

Vais dire une conn'rie tant pis fait longtemps que je me demande, j'ai oublié trop de choses, c'est curieux comme les films de l'époque de Potemkine (je pense à Métropolis) sont soucieux d'un espace vertical, je m'aperçois qu'il y a toujours trace d'architecture dans leur bio... Epoque, continent, hasard... ? pourquoi d'après toi ?

_________________
L'éducation peut tout : elle fait danser les ours.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.wikouik.com/
 

Scènes cultes : Les Incorruptibles

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vocabulis :: Arts et spectacles :: Ecrans-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet