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 La Pension de Viroflay

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ours impatient
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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Sam 28 Jan - 12:13

bon nan j'crois qu'j'ai faim là cool
(et encore j'aime les Trois Contes)

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Sam 28 Jan - 14:45

ours impatient a écrit:
j'aime les Trois Contes)

En dépit des "descriptions soporifiques" ? wink

"Cette maison, revêtue d’ardoise, se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Elle avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher. Un vestibule étroit séparait la cuisine de la salle où Mme Aubain se tenait tout le long du jour, assise près de la croisée dans un fauteuil de paille. Contre le lambris, peint en blanc, s’alignaient huit chaises d’acajou. Un vieux piano supportait, sous un baromètre, un tas pyramidal de boîtes et de cartons. Deux bergères de tapisserie flanquaient la cheminée en marbre jaune et de style Louis XV. La pendule, au milieu, représentait un temple de Vesta, -et tout l’appartement sentait un peu le moisi, car le plancher était plus bas que le jardin.
Au premier étage, il y avait d’abord la chambre de « Madame », très grande, tendue d’un papier à fleurs pâles, et contenant le portrait de « Monsieur » en costume de muscadin. Elle communiquait avec une chambre plus petite, où l’on voyait deux couchettes d’enfants, sans matelas. Puis venait le salon, toujours fermé, et rempli de meubles recouverts d’un drap. Ensuite un corridor menait à un cabinet d’étude; des livres et des paperasses garnissaient les rayons d’une bibliothèque entourant de ses trois côtés un large bureau de bois noir. Les deux panneaux en retour disparaissaient sous des dessins à la plume, des paysages à la gouache et des gravures d’Audran, souvenirs d’un temps meilleur et d’un luxe évanoui. Une lucarne au second étage éclairait la chambre de Félicité, ayant vue sur les prairies." (Flaubert, "Trois contes", Un Coeur simple)

Belle histoire, Un Coeur simple, comme sait si bien les écrire Flaubert sur des thèmes ordinaires et des scénarios presque plats.

P.S. Les virgules en rouge sont dédiées à Fulmi.

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ours impatient
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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Sam 28 Jan - 15:31

"Cette maison, revêtue d’ardoise, se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Elle avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher. Un vestibule étroit séparait la cuisine de la salle où Mme Aubain se tenait tout le long du jour, assise près de la croisée dans un fauteuil de paille. Contre le lambris, peint en blanc, s’alignaient huit chaises d’acajou. Un vieux piano supportait, sous un baromètre, un tas pyramidal de boîtes et de cartons. Deux bergères de tapisserie flanquaient la cheminée en marbre jaune et de style Louis XV. La pendule, au milieu, représentait un temple de Vesta, -et tout l’appartement sentait un peu le moisi, car le plancher était plus bas que le jardin."

tout est dit. Flaubert aurait dû faire court plus souvent.

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Sam 28 Jan - 16:23

ours impatient a écrit:
"Cette maison, revêtue d’ardoise, se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Elle avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher. Un vestibule étroit séparait la cuisine de la salle où Mme Aubain se tenait tout le long du jour, assise près de la croisée dans un fauteuil de paille. Contre le lambris, peint en blanc, s’alignaient huit chaises d’acajou. Un vieux piano supportait, sous un baromètre, un tas pyramidal de boîtes et de cartons. Deux bergères de tapisserie flanquaient la cheminée en marbre jaune et de style Louis XV. La pendule, au milieu, représentait un temple de Vesta, -et tout l’appartement sentait un peu le moisi, car le plancher était plus bas que le jardin."

tout est dit. Flaubert aurait dû faire court plus souvent.


En fait, ce que tu n'aimes pas chez Flaubert, c'est les escaliers! D

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Sam 28 Jan - 16:26

non

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Sam 28 Jan - 18:24

ours impatient a écrit:
bon nan j'crois qu'j'ai faim là cool
(et encore j'aime les Trois Contes)


Tout idem m'z'elle !

Mais faudrait pas oublier monsieur Le Veilleur, de nous faire part de la suite, puisque de suite il a été question.

Anti

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Dim 29 Jan - 0:24

antillaise a écrit:
Mais faudrait pas oublier monsieur Le Veilleur, de nous faire part de la suite, puisque de suite il a été question.

Anti

Vos désirs sont des ordres.

Cette fièvre de fugue était contagieuse, sans doute, car elle nous prit, mon frère et moi, un beau matin de printemps, au lendemain d’un dimanche passé à Paris chez grand-mère, au sixième étage sans ascenseur d’un immeuble de la rue Pinel dont « Mamie », en bonne savoyarde, gravissait les marches allègrement deux fois par jour (il faudra attendre son quatre-vingt-dixième anniversaire pour l’entendre se plaindre : « Ah! Je n’ai plus le pied aussi montagnard… »).
Cet appartement avait vu grandir ma mère et ses quatre frères et sœurs. Jean, l’aîné, était l’enfant terrible. Il enjambait les balcons pour passer de la salle à manger à la chambre, escaladait les gouttières pour grimper sur le toit, attachait ma mère et sa sœur jumelle au lustre par leurs nattes et les faisait tourner comme une girouette autour de son axe. Plus tard, pendant la guerre de 39-45, affecté au largage des bombes dans l’aviation, il fut distingué par la croix du courage militaire après avoir ramené au sol son bombardier criblé d’éclats d’obus et de tirs de mitrailleuse : le commandant et le mitrailleur avaient été tués à leur poste; le co-pilote, blessé, avait cédé à la panique; l’oncle Jean lui-même avait quatorze éclats d’obus dans le dos, et une balle lui avait traversé la main. Dans son lit d’hôpital (un hôpital tenu par des religieuses), il interpellait l’infirmière : « Ma sœur, voulez-vous me souffler dans le trou de balle ?» ; et, devant l’air indigné de la religieuse, il sortait sa main percée de sous son drap. Au temps de la pension de Viroflay, il avait une entreprise de démolition à Paris. Marié à une femme qui ne pouvait avoir d’enfant, il s’était porté auxiliaire bénévole dans l’éducation de ses neufs neveux et nièces à coups de chansons de corps de garde :

« Ma tante Amélie m’avait bien promis
Trois poils de son cul pour m’en faire un tapis
L’hiver est passé, l’tapis est foutu
Ma tante Amélie n’a plus d’poils au cul. »

Ou :

« Le homard, c’est comme la terre glaise
Quand c’est cuit c’est rouge
L’camembert c’est comme les gouttières
Quand c’est vieux ça coule. »

A huit ans, je connaissais mieux « Les mecs d’Af’ » que « Le Corbeau et le Renard » :

Il est sur la terre africaine
Un bataillon dont les soldats
Dont les soldats
Sont tous des gars qu’on pas eu d’veine
Qu’on pas eu d’veine
C’est nous les mecs d’Af, nous voilà
Oui, nous voilà
Pour être heureux, chose spéciale
Il faut sortir d’la rue d’Poissy
D’la rue d’Poissy
Ou bien encore d’une centrale
C’est là d’ailleurs qu’on nous choisis
Qu’on nous choisis
Mais après tout
Qu’est-c’que ça fout
Nous on s’en fout
En marchant sur la grand’ route
Souviens-toi
Oui souviens toi
De Gabes à Tataouine
De Gafsa à Medenine
Sac au dos dans la poussière
Marchons bataillonnaires.

Hormis l‘enrichissement de notre culture, selon la conception qu’il en avait et dont nous venons de voir un échantillon, un des grands plaisirs de l’oncle Jean était de prendre le contre-pied des prétentions bourgeoises de son épouse. Avec sa scoliose qui la tenait courbée, tante Christiane paraissait encore plus petite ; toujours tirée à quatre épingle, minutieusement maquillée, poudrée, elle arborait un air faussement sévère, convenable. Les repas de famille chez eux prenaient une tournure un peu surréaliste. Devant la table correctement dressée avec tout ce qu’il fallait d’argenterie et de cristal , assise sur sa chaise aussi droite que le lui permettait la déviation de sa colonne vertébrale, tante Christiane, pour faire servir le repas, attendait avec une moue réprobatrice que l’oncle Jean, debout comme sur une scène de music-hall, veuille bien interrompre ses pitreries sous l’œil hilare de ses neveux (et, avouons le à leur honte, de leurs parents) : « Jean, s’il te plait! ». Mais les roulements de tambour, les éclats de trompettes imités avec la bouche, les chansons paillardes, le tout accompagné d’une gestuelle militaire tournée en dérision, redoublaient. Il épiait sa femme du coin de l’œil et s’amusait de sa mine dépitée. Enfin, il s’asseyait après la réplique qui clôturait généralement un de ces numéros : « Biquette, crache-moi dans la bouche et dis-moi qu’tu m’aimes !». En lui décochant cette dernière flèche, il la regardait d’un air goguenard ; elle haussait les épaules, puis, malgré elle, éclatait de rire.

L’oncle Pierre (le benjamin et mon parrain), lui, n’était pas encore à l’époque le grand directeur de la sécurité sociale qu’il deviendra dans les années 70-80, haute fonction dans laquelle il se distinguera particulièrement par plusieurs circulaires nationales adressées aux affiliés, pour lesquels elles resteront à jamais des énigmes. Malgré cet immense service rendu à la nation, à vrai dire grassement rémunéré, il ne recevra aucune médaille (sous ce dernier rapport, l’oncle Jean et moi-même aurions donc pu le regarder de haut; mais en hommes magnanimes, nous n‘avons jamais abusé de cette supériorité). Sa femme, la tante Jacqueline, lors des repas familiaux qu’elle donnait, surveillait sa marmaille et celle de sa belle famille avec un œil et un ton d‘adjudant : elle traquait inexorablement les crottes de nez qui venaient s’écraser sur les portes et les boutons de culottes qui menaçaient de rayer ses meubles impeccablement cirés ; les coups de règles sur les bouts des doigts joints pleuvaient.

Les sœurs jumelles, une fois décrochées du lustre, devinrent, ma mère, dactylo au « Petit écho de la mode » et, ma tante Reine, conseillère juridique ( probablement poussée dans la carrière par les sévices que lui fit encore longtemps subir l’oncle Jean).
La plus jeune des filles, la tante  Violette , qui aurait plutôt méritée le nom de  Coquelicot  à cause de son nez perpétuellement rouge, comme s’il était victime d’un rhume chronique, avait épousé un ingénieur de chez Citroën, garçon sympathique, à la gouaille parisienne, dont le rire, sans doute contracté sur les chaînes de montage de l’usine du quai de Javel, évoquait le grincement d’un démarreur en manque de batterie. Dans leur appartement de Villejuif, ils avaient un perroquet qui imitait son rire. Tonton André riait de plus belle, le perroquet aussi, et tout le monde riait aux larmes.

Mais j’abuse de la patience de mon lecteur (si tant est que j’en aie un ou qu’il ne se soit pas endormi avant d’arriver ici) car, je dois bien l’avouer, il est largement probable que la plupart de ces oncles et tantes ne fera jamais irruption dans l’histoire de la pension de Viroflay (ou alors cela se fera hors du champ de ma mémoire car, dans celui-ci, je suis sûr qu’elle n’y joua aucun rôle, hormis l‘oncle Jean) , et je n’ai fait que saisir opportunément une occasion de leur présenter quelques autres membres de ma famille. Toutefois, si l’un d’entre ces derniers s’avisait, en dépit de toute vraisemblance, d’apparaître inopinément dans le présent récit, les présentations seraient ainsi déjà faites.

(à suivre...Peut-être)

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Dim 29 Jan - 0:36

le Veilleur a écrit:
Vos désirs sont des ordres.



J'adore cette formule ! Encore ! Encore !

le Veilleur a écrit:
(à suivre...Peut-être)


A suivre bien sûr ! J'suis morte de rire ! Je ne vous - te devinais pas si bon vivant.

Anti, curieuse encore : c'est quoi c't'histoire de médaille qu'on devrait vous envier ?

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Dim 29 Jan - 0:43

antillaise a écrit:
c'est quoi c't'histoire de médaille qu'on devrait vous envier ?

C'est donc que tu as oublié la première partie, vilaine! Là où il est dit que je rafle une médaille scolaire à la faveur d'une épidémie de grippe ; c'est aussi que tu as même oublié la médaille militaire de l'oncle Jean mentionnée dans cette seconde partie!

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Dim 29 Jan - 0:48

le Veilleur a écrit:
C'est donc que tu as oublié la première partie, vilaine!


Ouh que c'est joliment désuet ! J'adore et j'avoue, j'avoue honteuse, que oui, je n'avais pas fait le rapprochement, pire, je vous avais déjà imaginé, telle Amélie Poulain dans ses délires, militaire au togo, ayant du voler une pétrolette pour échapper au danger et trop fort, terrassant les méchants, d'où la récompense et la médaille et tout et tout.

Pfff, que d'émotion !

Anti

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Dim 29 Jan - 0:54

antillaise a écrit:


Je ne vous - te devinais pas si bon vivant.

Ben, c'est surtout l'oncle jean qui était un bon vivant.

Citation:
je vous avais déjà imaginé, telle Amélie Poulain dans ses délires, militaire au togo, ayant du voler une pétrolette pour échapper au danger et trop fort, terrassant les méchants, d'où la récompense et la médaille et tout et tout.

Ma médaille était, hélas, beaucoup moins glorieuse!

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Dim 29 Jan - 1:01

le Veilleur a écrit:
Ben, c'est surtout l'oncle jean qui était un bon vivant.


Certes, mais donne un oncle bon vivant au premier rabat-joie qui passe et voit le récit qu'il t'en fait ! Je n'ai pas lu là, un écrit de pince sans rire.

Voilà.

Z'êtes trop modeste m'sieur ! Notez que Jules Renard disait quelque chose dans ce goût là : "Sois modeste! C'est le genre d'orgueil qui déplaît le moins".

Anti, autant corbeau que renard

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Dim 29 Jan - 1:05

antillaise a écrit:
Jules Renard disait quelque chose dans ce goût là : "Sois modeste! C'est le genre d'orgueil qui déplaît le moins".

Excellent! Ah, ce Jules Renard!... D

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Jeu 9 Fév - 12:21

antillaise a écrit:
Encore ! Encore !


Ben encore ! quoi ! La suite en d'autres termes !

Anti, et qu'ça saute !

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MessageSujet: Re: La Pension de Viroflay   Jeu 9 Fév - 17:05

Citation:
(à suivre...Peut-être

Pourquoi "peut-être" ? A suivre !

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