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 Premiers romans : les coulisses du rêve

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Phrasophile averti(e)
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MessageSujet: Premiers romans : les coulisses du rêve   Lun 20 Mar - 18:14

16 mars 2006, (Rubrique Figaro Littéraire)
Premiers romans : les coulisses du rêve
Mohammed Aïssaoui
Incroyable: six pour cent des Français avouent avoir déjà écrit un manuscrit, ce qui représente tout de même plus de 2,5 millions de personnes âgées de quinze ans et plus. Et encore, notre sondage ne prend en compte que la rédaction de romans, de nouvelles ou de poèmes (à l'exclusion des mémoires, genre fort répandu, notamment dans une population âgée). Que nous enseigne ce sondage? On remarque que la proportion des Français qui rêvent d'être écrivains est beaucoup plus importante chez les jeunes générations (10% des 15-24 ans contre 4% pour les 35 ans et plus). Parmi ces écrivains en herbe, nombreux sont ceux qui osent faire lire leur prose à leur entourage (72%). Mais seule une petite minorité (8%) franchit le pas en l'expédiant à une maison d'édition. Cette proportion d'audacieux représente tout de même 200000 personnes, si l'on rapporte ce taux aux 2,5 millions de Français qui possèdent un projet de fiction dans leur tiroir. On comprend mieux pourquoi les éditeurs croulent sous les manuscrits. Rappelons-le, l'ensemble des maisons d'édition publie près de 250 premiers romans chaque année. Enfin, constat rassurant et qui fera plaisir aux éditeurs: le désir d'être écrivain croît avec la pratique de la lecture. Pour parodier un slogan célèbre: si vous savez lire, peut-être saurez-vous écrire.



L'HÔTESSE D'ACCUEIL de cette prestigieuse maison d'édition l'a tout de suite repéré: elle a l'habitude. Il s'est avancé d'un pas hésitant, le précieux objet en mains – une lourde enveloppe Kraft format A 4; il a préféré se déplacer, n'ayant pas foi en La Poste. Il tend le manuscrit, qu'elle s'empresse de classer dans l'armoire, juste derrière elle. A ce moment-là, s'écroule une centaine de manuscrits, mal rangés. «J'avais bien conscience que cela allait être une horreur. Mais c'est bien pire que je n'imaginais», raconte Paul. Il n'est pourtant pas un novice, ancien journaliste, 44 ans, «plume» au sein de cabinets ministériels, auteur d'un rapport sur les nouvelles technologies, il a même parfois été recommandé... mais cela fait des mois et des mois qu'il trimbale ses manuscrits. «Je ne comprends rien au système, et je ne vois pas comment un éditeur peut détecter un texte parmi des milliers d'autres. C'est tout simplement impossible», affirme-t-il, amer. Comme lui, ils sont 2,5 millions de Français à avoir déjà écrit un manuscrit, d'après le sondage Le Figaro Littéraire/Ifop, et, parmi eux, 200 000 l'ont déjà expédié à un éditeur.


Découvrir LE talent de demain

Et pourtant, les maisons d'édition tentent de s'organiser. Elles possèdent en leur sein des lecteurs professionnels chargés de défricher les milliers de manuscrits. Chez celles qui n'en sont pas pourvues, l'éditeur en personne prend soin à décacheter les enveloppes, toujours avec ce fol espoir: découvrir «le» talent de demain. Mais autant le savoir tout de suite: il existe à peu près une chance sur mille de voir un texte envoyé par La Poste publié dans l'année qui suit. Mais des miracles peuvent se produire. «Je ne connaissais personne dans le milieu, raconte Jean Rouaud, seize ans après la publication de son premier roman qui fut prix Goncourt en 1990. C'était peut-être miraculeux, mais ce ne fut pourtant pas aisé.» «Si Les Champs d'honneur ont été publiés, poursuit Jean Rouaud, c'est grâce à un autre manuscrit envoyé auparavant et refusé, qui avait pour titre Préhistoire. Je l'avais expédié à trois éditeurs: POL, Minuit et Gallimard. J'ai reçu trois réponses encourageantes.» Réponse singulière de Jérôme Lindon aux éditions de Minuit: «Il n'est pas question que je vous publie! Mais je souhaite vous rencontrer. Pouvez-vous passer me voir puisque vous habitez Paris?» A quoi tient l'une des plus belles histoires de la littérature contemporaine: à une adresse dans Paris! L'éditeur encourage alors l'écrivain en herbe et lui donne de précieux conseils: «Pas trop de personnages. Pas de jeux de mots, après on ne peut pas les traduire. Evitez les histoires compliquées. Et les jugements de valeur», se rappelle l'auteur des Champs d'honneur (dont le titre initial était Loire-Inférieure, qui fut jugé trop régionaliste). Aujourd'hui, Jean Rouaud ne veut donner qu'un conseil: «Il ne faut pas s'acharner avec un manuscrit. Si les éditeurs le refusent, mieux vaut leur proposer un autre. Inutile de faire du replâtrage.» Et pour souligner qu'il n'existe vraiment pas de règle en la matière, il faut rappeler que le manuscrit des Champs d'honneur fut refusé par Gallimard.


Les premières pages décisives

Chaque année, près de 250 premiers romans sont publiés (dont une centaine pour la seule rentrée de septembre). Comment ont-ils été détectés? «Au bout de trente pages, je sais si c'est «non»! Dire «oui», c'est plus compliqué», affirme Dorothée Cunéo, éditrice chez Robert Laffont et ancienne lectrice professionnelle.


«Ma première démarche consiste à regarder le titre, les dix premières lignes (s'il y a trois fautes et deux clichés, c'est mal parti), ensuite je parcours le début, le milieu, la fin», explique Serge Safran, directeur littéraire de Zulma. Pour Emilie Colombani, éditrice au Seuil, «le critère absolu, c'est l'originalité du texte». Elle ajoute que ce qui est rédhibitoire, c'est la banalité, le poncif, le cliché et l'absence de traitement littéraire. Il existe bien sûr d'autres paramètres, plus techniques: la bonne tenue de la composition, l'équilibre global du texte. «Mais des textes en apparence mal ficelés recèlent parfois une richesse littéraire: c'est le rôle de l'éditeur de les repérer. Aussi peut-on comparer son travail à celui de l'orpailleur.»


90 % des manuscrits envoyés sont autobiographiques

Il faut se méfier aussi des manuscrits aux accents autobiographiques (90 % des textes envoyés). La plupart des éditeurs le disent haut et fort: «Les introspections d'une trentenaire anorexique, ras-le-bol!» Dorothée Cunéo reconnaît avoir une certaine suspicion dès qu'il s'agit d'un texte personnel. «Un auteur qui sort de la sphère autobiographique, explique-t-elle, montre qu'il a un certain potentiel, un imaginaire. Dès qu'il s'agit d'une fiction, nous avons donc un a priori positif.» Une maison d'édition ne s'engage pas sur un seul manuscrit, mais sur un auteur.


Autre impératif pour l'écrivain en herbe: viser juste. Les éditeurs aiment sentir que vous connaissez bien leur maison. Pascale Gautier, éditrice chez Buchet/Chastel, cite l'exemple de Jean-Marcel Erre qui vient de publier avec elle un premier roman, Prenez soin du chien. «Il avait lu nos auteurs et avait bien compris l'esprit de notre maison: un mélange d'imaginaire, de fantastique et d'humour. Son manuscrit collait parfaitement à notre catalogue.» «Un premier tri est effectué par le simple fait que les textes reçus ne correspondent pas à nos collections», précise Philippe Demanet, le secrétaire littéraire de Gallimard, également responsable des manuscrits.


Enfin, l'écrivain doit-il accompagner son manuscrit en se présentant à l'éditeur, ou le texte seul suffit? Là encore, il n'y a pas de règle. Certains éditeurs préfèrent recevoir une courte note de présentation, comme Serge Safran ou Pascale Gautier: «Avant tout, je donne priorité au texte, mais j'aime bien savoir qui est derrière.»


«Je n'avais joint aucune lettre à mon pli, il n'y avait que le texte et mon nom. L'idée ne me serait même pas venue à l'esprit de me présenter!» se souvient Marie NDiaye, prix Femina en 2001, et qui fut remarquée dès son premier roman Quant au riche avenir, publiée à dix-sept ans. Elle ajoute: «Il ne faut compter que sur la valeur de ce qu'on a écrit et sur la séduction que cette valeur finira par exercer.»


(1) Sondage réalisé pour Le Figaro Littéraire par l'Ifop sur un échantillon de 1 006 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. La représentativité a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées, du 9 au 10 mars 2006.


Découvrir LE talent de demain . La suite en ligne ici -->
http://www.lefigaro.fr/litteraire/20060316.LIT000000233_premiers_romans_les_coulisses_du_reve.html

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Fulmi
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MessageSujet: Re: Premiers romans : les coulisses du rêve   Mer 10 Mai - 1:16

Lu sur le blog de Dolce http://dolce.blog.lemonde.fr/dolce/ une traduction faite par elle-même d'une citation d'Alessandro Barrico sur les premiers romans :

« Un premier roman est un peu toujours comme une explosion. Il vient après des années d’envies, de désirs, d’idées. Dans ces cas là, le plus difficile est de controller cette explosion. Dans le jargon de la critique littéraire on appelle cela une écriture surveillée, qui est une manière affreuse de décrire une chose très belle. C’est le geste de l’écrivain qui pendant qu’il écrit est capable de se surveiller. Pour le lecteur, c’est un peu comme regarder à la télévision ces tours que l’on détruit avec de la dynamite disposée à des endroits très précis : une explosion certes, mais maîtrisée. Ecrire un premier roman est une manière d’exploser, et le faire de manière controllée est très difficile à faire. C’est pour cela que c’est particulièrement beau à voir quand c’est réussi ».
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Premiers romans : les coulisses du rêve
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