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 L'Année Angot

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Fulmi
Prolixe infatigable
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MessageSujet: L'Année Angot   Ven 1 Sep - 14:57

2006 sera une année Angot, ainsi en a décidé le monde de l'édition.

Après le feuilletion Houllelbecq de 2005, tremblez, mortels, le héraut du sexe triste, c'est aujourd'hui la mère Angot.

Ouverture en fanfare dans Libé.

Et si l'on désactivait le buzz Angot ?
Par Daniel SCHNEIDERMANN
QUOTIDIEN : Vendredi 1er septembre 2006 - 06:00

Il existe, sur certains modèles récents de voitures intelligentes, un dispositif infernal destiné à obliger le conducteur à boucler sa ceinture de sécurité. S'il démarre sans s'être ceinturé, un bip, d'abord en sourdine, l'enjoint de réparer cet oubli. Si, après quelques secondes, le conducteur persiste, le bip augmente de volume. Il devient sans réplique. Particularité de ce dispositif, il n'existe aucune manière de le désamorcer.
Le constructeur a décidé qu'il devait, en vertu d'un intérêt supérieur, s'imposer aux caprices des clients.
Encore existe-t-il une solution ­ la soumission ­ pour faire taire le bip infernal. Ce qui le différencie des buzz médiatiques, qui ne se désamorcent pas.
En matière littéraire, par exemple, à chaque rentrée son buzz, dont le concepteur occulte a décidé qu'il ne pouvait se désactiver. Vous rentrez de vacances. Et, soudain, un buzz vous saisit. Dernier roman Angot. Dernier roman Angot. Dernier roman Angot. Docile, vous prenez note, intérieurement. Oui, j'ai bien retenu que Christine Angot publie un roman. Mais, en quelques jours, quelques heures, le buzz redouble. DERNIER ROMAN ANGOT. DERNIER ROMAN ANGOT. Et vous êtes sans réaction possible.
Pour désactiver le buzz Angot, on peut toujours se dire qu'on ne lira pas les pages littéraires des journaux, qu'on boycottera les suppléments illustrés du week-end. Mais comment échapper au portrait géant de big sister au dos des kiosques ? Même énoncer à voix haute : «Oui, ô Grand Buzz, j'ai bien noté que Christine Angot publie un roman à la rentrée, que c'est son meilleur roman à ce jour, et qu'elle y raconte sa relation avec un banquier sexagénaire cynique, avec lequel elle ne peut jouir qu'en prononçant le mot "salaud" à l'instant de la pénétration, j'ai bien noté ces informations capitales, la cible que constitue mon temps de cerveau disponible est totalement atteinte, puis-je m'exempter pour l'instant ?», même cliquer sur chacune de ces cases ne fait pas taire le buzz.
Ne reste donc que la solution de plonger dans la rumeur, pour y retrouver les deux composantes traditionnelles de la «polémique littéraire» : détestation et ravissement, binôme fécond, aux mille déclinaisons possibles. Authentique ou chiquée, sublime ou nulle, pathétique ou grotesque, profonde ou désespérante, révélatrice ou égotiste, avec sa conclusion inévitable (et elle aussi désespérante) : pas d'autre solution que de se faire son opinion par soi-même, en lisant le livre. Dans le rôle de l'appât, le vieil axe Sollers-Savigneau, pourtant couturé de cicatrices, fonctionne encore. «A ce jour, son meilleur livre» (Savigneau, le Monde ). «Elle a raison de dire que son livre, en définitive, est beaucoup plus qu'un livre» (Sollers, le Nouvel Observateur ). En passant par Libé : «Tout le monde en parle. C'est normal. Tout le monde en reparlera dans deux mois, quand elle aura le prix Goncourt» (Claire Devarrieux). Et c'est parti. La meute des «contre» se déchaîne, armée de ses accablantes citations d'extraits. Le plus chic étant d'ailleurs, sur le modèle canonique des critiques de films dans Télérama, d'opposer un «pour» et un «contre» dans le même journal (le Figaro), voire dans le même dossier (l' Obs, ou Lire ).
Comme pour Houellebecq l'an dernier et sans doute l'an prochain, le buzz Angot est une affaire qui roule toute seule, comme propulsée par un moteur au yin-yang. Aucun besoin de conspiration.
Les médias carburent au Houellebecq-Angot, de la même inexplicable et énervante manière qu'ils carburent au Sarko-Ségo, cette polarisation posant dans chaque cas les mêmes questions : pourquoi ces deux-là ? Les médias ont-ils façonné le choix du public, ou se sont-ils contentés de le suivre ? Questions sans réponse, évidemment. Les lecteurs suivent-ils, ou ont-ils précédé ? Où s'est exactement produite la rencontre ? D'où vient-il, cet appétit tapi en nous, de lire les lignes d'Angot, comme de laisser traîner les yeux sur les escarpins en dentelle de Ségolène, publiés en gros plan dans Libé ou dans Match ? A quels insurmontables obstacles se heurte donc notre vieille revendication à l'indifférence ? Pourquoi cette difficulté à s'arracher totalement du tumulte, vers le silence des sentiers buissonniers ?
Mystère des origines de ce buzz, qui écrase tout sur son passage. Il paraît que la rentrée littéraire 2006 aligne six cent quatre-vingt-trois romans. O misère et détresse des auteurs des six cent quatre-vingt-deux autres. Comment ne pas éprouver un instant de compassion ? Même des seigneurs de la littérature aussi considérables que les frères Poivre d'Arvor, par exemple, doivent se ranger un instant sur le bas-côté, avec leur colonel Lawrence, pour laisser passer le scintillant cortège Angot. Chapeau bas. Chapeau bas surtout devant l'immense, l'insondable, l'océane paresse que trahit cette concentration Angot-maniaque. Paresse des éditeurs. Paresse des critiques littéraires et de leurs chefs, partis en vacances conscience tranquille, ayant à l'avance bouclé leurs pages de la fin août.
Paresse générale, donc auto-absoute, de tous ceux qui consentent à cette capitulation de la curiosité, à cette soumission à l'évidence autoproclamée, à cette dictature du succès présumé, que constitue la dictature d'un seul livre, d'une seule voix, sur six cent quatre-vingt-trois.
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Fulmi
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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Ven 8 Sep - 15:27

Hallucinant interview de Christine Angot, lors d'un chat organisé par le Nouvel obs.


question de : BAAL
Question : J ai lu l’inceste, Pourquoi le Brésil. Je vous ai vue sur scène. Je n ai pas encore lu votre dernier ouvrage. Voilà : je lis l’analyse que Genette a fait de Proust et je voulais vous demander si vous vous sentiez des affinités avec l’auteur de la Recherche. En fait, je trouve que vous développez le même type d’écriture. Je voulais vous demander aussi si quelqu’un ou qu’une avait entamé un travail de recherche littéraire sur votre oeuvre. Je serais prête à la faire, si vous l’acceptiez, bien entendu. A très bientôt.


Réponse : Tous les écrivains se sentent des affinités avec l’auteur de la Recherche. Oui, je crois qu’il y a des recherches entamées, mais je ne suis pas très au courant.


question de : Internaute
Question : Pardonnez cette question triviale: romancier, ça gagne bien ?


Réponse : Ca gagne à peu près autant que ça perd.


question de : cla
Question : Comment réagissez-vous à la virulente critique de Pierre Assouline de votre livre?
Acceptez-vous les sceptiques?


Réponse : Je n’ai pas lu la critique en question. Accepter ou refuser ne change de toute façon rien au travail qui se fait et que j’ai à faire.


question de : lilian
Question : Je trouve que vous écrivez mal, votre style est terne, répétitif. Jamais le moindre bonheur de lecture. Etes-vous contre le fait que l’on lise pour y trouver du plaisir ?


Réponse : Pourriez-vous juste enlever ce "on" et mettre un simple "je" à la place?


question de : marie
Question : Vous sentez-vous des affinités avec Gabriel Matzneff, sur le plan littéraire ou personnel ?


Réponse : Non. Je fais un travail très différent.


question de : katia
Question : Je ne compends pas. Dans "quitter la ville", vous vous étonnez qu’un livre comme "L’inceste" ait pu rencontrer un tel succès, malgré son titre. Mais il me semble au contraire que ce titre était de nature à favoriser son succès, outre, bien entendu, ses grandes qualités littéraires.


Réponse : Eh bien écoutez quand moi j’ai trouvé ce titre, j’étais effondrée et convaincue que c’était suicidaire.


question de : barbara
Question : Pourquoi avez-vous quitté Jean-Marc Roberts, à qui vous devez tant ? Il était quand même prêt à casser la gueule aux critiques qui n’auraient pas aimé votre livre ! Un éditeur si dévoué, c’est rare !


Réponse : J’ai publié une dizaine de livres avec Jean_Marc Roberts. J’ai beaucoup aimé le travail que nous avons fait tous les deux. Mais peut-être le côté affectif de casser la gueule, cette déclaration qu’il avait faite, je n’en avais peut-être plus besoin. Je n’avais peut-être plus besoin de ce type de protection.


question de : nathalie
Question : Dans un de vos livres, vous vous bornez à recopier le compte-rendu d’un dîner chez Beigbeder, publié dans "Elle". Quelle déception quand j’ai vu ça ! Moi qui vous considérai comme une écrivaine !


Réponse : Je ne suis pas une écrivaine mais un écrivain, déjà. Il faut vous faire à l’idée qu’un écrivain est totalement libre de sa matière première. En l’occurence, il s’agissait non pas d’un dîner auquel j’avais assisté dans la réalité, mais d’un article dans un magazine, donc public, qui le relatait. C’est quand même très pénible d’avoir à se justifier de cette façon.


Dernière édition par le Sam 9 Sep - 16:29, édité 1 fois
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Fulmi
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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Ven 8 Sep - 15:29

question de : stubborn
Question : CA,
Je pourrais vous poser "état présent de votre esprit ?" — j’aimerais vous poser toutes les questions, y compris celles un peu con-con du questionnaire de Proust même pas de lui — mais puisqu’il faut faire court, celle-ci : "votre rêve de bonheur ?"

(le problème des longueurs d’onde, c’est la distance entre les points…)



Réponse : Je ne pense pas du tout que le bonheur puisse se prévoir en terme de rêve, mais qu’il est beaucoup plus intéressant sans cette échappée.


question de : nicole
Question : Bonjour,
Acceptez-vous qu’on n’aime pas vos livres ? Il m’a toujours semblé que votre notoriété s’appuyait sur vos coups de gueule et votre intransigeance, depuis 10 ans que vous balancez ce que vous pensez à la figure des invités d’émissions de télé. Vous me semblez en ce sens très médiatique et très télégénique, soit, mais pas très... humble (je sens que je vais me faire engueuler...)


Réponse : Si seulement vous pouviez vous douter de la banalité de votre remarque...


question de : Internaute
Question : Un style nul pour explorer un nombril sans intérêt. Espérez-vous faire pire ?


Réponse : Je viens de m’apercevoir que beaucoup de questions sont dans ce genre, je ne suis pas sûre d’avoir beaucoup de temps à perdre et d’énergie à dépenser à expliquer à des gens qui n’ont pas idée de ce qu’est la littérature ce que je fais, néanmoins je sais que ça va durer comme ça toute ma vie. Je suis là, devant cet ordinateur, pour faire fonctionner pendant une heure et demie le site de l’Obs, très bien, c’est la règle. Je viens parce que je me dis "on ne sait jamais, il y a forcément des vrais lecteurs derrière tout ça". Et je sais que je ne me trompe pas.


question de : Internaute
Question : Intelligente, vous n’ignorez pas que tôt ou tard le charme qui fait de vous une "grand-écrivain" se dissipera (cela semble commencer du reste...) et que vous apparaîtrez alors comme ce que vous êtes en littérature : une Anna Gavalda, les ventes en moins. Comment la rédactrice autocentrée que vous êtes prépare-t-elle cet "atterrisage" ?


Réponse : Ce que je fais en ce moment me permet, entre autres, d’avoir un aperçu sur la jalousie dont je ne me doutais pas qu’elle rongeait autant de gens. Ca ne me dérange pas mais tenez-vous.


question de : Internaute
Question : J’ai une peau à points noirs. Qu’en pensez-vous?


Réponse : Rien.


question de : Internaute
Question : Christine, n’en avez-vous pas assez de jouer votre propre rôle, de mimer vos propres répliques, d’être finalement toujours là où tout le monde vous attend ?


Réponse : Avez-vous lu dans le Nouvel Observateur l’article de Philippe Sollers sur Rendez-vous?


question de : Internaute
Question : Comment expliquez-vous la vogue du moi et du je dans le roman moderne ?


Réponse : Il n’y a pas une vogue du moi, mais au contraire une mise au service de moi à vous.


question de : odile
Question : Dans votre dernier livre, on peut lire :
"Il était debout. Il avait remis son blouson, qu’il n’avait d’ailleurs pas enlevé."
ça veut dire quoi ?


Réponse : Ca veut dire, vous ne vous en êtes jamais rendue compte, que dans la tête, la pensée, les phrases, les impressions, ça fonctionne comme ça.
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Fulmi
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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Ven 8 Sep - 15:30

question de : barbara
Question : Dans le dernier "Paris-Match", le journaliste Gilles Martin-Chauffier, par ailleurs écrivain de grand talent, vous reproche de ne pas vous intéresser à vos personnages. Il écrit, par exemple, à propos du banquier :

"Va-t-elle le mettre en scène ? Non. Il ne sert que de faire-valoir à ses idées sur elle-même. A son propos, elle ne répète qu’une seule chose (quinze ou vingt fois) : pour jouir avec lui, il suffisait qu’elle se dise à l’instant propice que c’était un salaud. Si on était mal à l’aise face à une telle confidence, le livre serait réussi. Là, non. On a juste envie d’appeler le Samu et d’évacuer cette femme avant qu’elle ne brise la vie de sa fille, une adolescente, Léonore – dont on ne saura absolument rien sinon qu’Angot éclate sans cesse en sanglots devant elle sans rime ni raison. Ce n’est plus une mère, c’est le mur des Lamentations. "

Quelle est votre réponse ?


Réponse : Le journaliste en question n’est malheureusement pas un écrivain de grand talent. Il le sait lui-même. Faut-il vraiment répondre à une mauvaise lecture?
Lisez le livre vous-même. Laissez tomber Martin-Chauffier, prenez Paris Match moins souvent, en tous cas évitez de l’acheter pour les critiques littéraires, je ne pense pas que ce soit leur point fort.


question de : Internaute
Question : Chère Madame,
Aurez-vous bientôt l’occasion de faire une lecture publique de votre oeuvre à Paris?
Merci de votre réponse.
D.J.


Réponse : Lundi 16 octobre au Théâtre de la Colline.


question de : Internaute
Question : pas de questions, simplement pour vous remercier d’être là, d’écrire. J’admire votre talent et ai lu avec autant de passion l’ensemble de votre oeuvre. Merci encore


Réponse : Merci aussi d’être là.


question de : Internaute
Question : Les mots sont indispensables pour aimer. Mais avez vous envie de les partager avec celui qui aime? partager c’est aussi recevoir. mais on a l’impression que vous préférez donner, bref arrivez vous à communiquer?


Réponse : Avez-vous un stage de communication à me proposer? C’est ça que vous vendez?


question de : Birenbaum
Question : Les photos de Nan Golding, le dialogue dans "Elle"… C’est pas un peu la honte quand même ?


Réponse : La honte un dialogue avec Nan Goldin? Je ne comprends même pas ce que vous voulez dire.


question de : pol
Question : Vous avez fait preuve de malhonnêteté sur le plateau de Durand en tronquant une citation de Nabe. Regrettez-vous d’avoir mal agi ?


Réponse : D’où sortez-vous? Où vivez-vous? Qu’entendez-vous? Vivez-vous parmi nous? Ou alors vous le faites exprès.


question de : gee
Question : Vous vous sentez offensée lorsqu’on parle de "témoignage" à propos de certains de vos livres, comme "L’inceste". Mais le concept de témoignage n’exclut pas la qualité littéraire ! On peut être un grand écrivain et livrer des témoignages, sur soi-même et sur son temps.


Réponse : Vous avez raison. Mais dans mon cas, je ne fais pas de témoignage. Les livres que je fais vont même à contre-courant. Il ne s’agit absolument pas de se porter témoin au sujet d’une affaire qui serait jugée par je ne sais quelle instance après qu’elle aura pris connaissance de votre déposition.
Je ne dépose pas en mon nom propre. Ce que je sais à travers moi, je le livre. J’en fais livraison. Ce qui implique le contraire du témoignage, à savoir la dépersonnalisation, tous les artistes sont confrontés à ça. C’est même ça la difficulté essentielle.


question de : Internaute
Question : Pourquoi écrivez-vous? Etes vous une "bête" d’écriture? Que lisez-vous en ce moment? Quels sont vos auteurs préférés? Quel est votre prochain projet?


Réponse : Je viens de finir un livre de Rilke hier. J’ai Histoire de l’Oeil en cours, de Bataille. Et je suis impatiente de relire Le soleil se lève aussi de Hemingway. Je n’ai pas de prochain projet. Ca sera sûrement un livre. J’écris parce que toute la vie devient claire et intéressante avec. Parce que ça vaut le coup.


question de : Internaute
Question : Quand on se souvient de vos apparitions chez Pivot et celles d’aujourd’hui chez Guillaume Durand - certes votre rôle n’est pas le même - on ne peut que constater votre "assagissement". Pour moi je m’en fous, ça m’amusait, mais pour bcp vous passiez pour la bonne écrivain caractérielle de service, plus attaché à une provocation de circonstances promotionnelles qu’à défendre un goût littéraire de l’existence. Pas de question particulière à vous poser, je regrette seulement votre consensus d’aujourd’hui.


Réponse : Pour ce qui est du consensus, reportez-vous peut-être à la presse actuelle. Et vous verrez que les livres contiennent des aspérités qu’une image télévisée a du mal à étouffer.


question de : Internaute
Question : Comment réagissez-vous à la critique de Jean-Paul Enthoven dans "Le Point" ?


Réponse : Sur le coup très mal, maintenant je m’en fiche.


question de : Internaute
Question : J’ai lu "Pourquoi le Brésil ?" et "Rendez-vous". Le problème, c’est qu’il n’y a pas de trace de désir dazns vos livres, il y a quelque chose d’asséché.


Réponse : Vous voulez dire qu’il n’y a pas de désir joué? Costumé? Construit? Faux? Mais du désir, ah si alors là il y en a.

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Fulmi
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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Ven 8 Sep - 15:36

La critique d'Endhoven mentionnée dans l'interview :


La rentrée littéraire
Christine Angot : L'ego d'Angot...

L'inflation éditoriale se poursuit. 683 romans à paraître (contre 633 en 2005), dont 475 romans français et 208 étrangers. La sélection de cette semaine est symptomatique : héros et sujets collent très souvent à l'actualité la plus noire. Le « Rendez-vous » de Christine Angot ? Exaspération et addiction garanties. Avec, en arrière-goût, une dose inattendue de vrai charme...

Jean-Paul Enthoven

Avec elle, dans son système à elle, c'est très simple : on est pour ou on est contre - et nul ne pénètre en angotlogie s'il est tiède. Du côté angotphobe, donc : minables, machos, peine-à-jouir, esclavagistes, salauds, nazis. Du côté angotphile : fans, esprits forts, bobos adorateurs - auxquels on ajoutera, pour faire bonne mesure, les zélotes de tout sexe dont le néocortex confond extatiquement Shakespeare, Mme de La Fayette, Tchekhov, Virginia Woolf et Christine Angot. Entre ces antipodes, la star règne en despote susceptible : vous m'admirez ? Mais m'admirez-vous pour les bonnes raisons ? Ou : vous me haïssez ? Ne voyez-vous pas que c'est parce que vous avez peur de m'aimer ? Imparable. Ainsi, l'affaire Angot est sans issue. Et tout lecteur prend le risque d'être fusillé, soit par une salve de mépris, soit par une rafale d'analyse sauvage. C'est dire que la Angot est beaucoup plus qu'un écrivain : c'est un peloton d'exécution. Dès lors, l'auteur de ces lignes obtiendra-t-il un sursis, voire une grâce, s'il ose exprimer son désarroi devant ce « Rendez-vous » ? Est-il pour ? Est-il contre ? Eh bien, disons qu'il a changé dix fois d'opinion en cours de route. Mais ce compliment - puisque c'en est (presque) un - sera-t-il détectable par l'ego d'Angot ?

Lecteur à l'ancienne, soucieux de style, de fulgurances et de composition habile, j'ai donc commencé par l'exaspération. Non, mais ! C'est quoi ce machin ? Ce « Rendez-vous » pâteux ? Cette tranche de vie incomestible pour qui préfère les tranches de gâteau ? L'intrigue : Angot s'éprend d'un acteur de théâtre, Eric, qui l'« admire » depuis longtemps, mais qui ne la baise qu'une fois, au début, et qui joue les anguilles jusqu'à la fin de ce roman-vérité. Traduit en Angot, cela se dit : « Il n'arrive pas à connecter l'admiration à l'amour. » A partir de là, quatre cents pages se gonflent, comme des voiles bâclées, de parlotes, de va-viens pour chairs tristes, d'obscénités - sur les « selles liquides » de l'auteur, par exemple... -, de séances psy involontairement désopilantes, de répétitions (page 92 : neuf fois le verbe « dire ». Après, je n'ai plus compté...), de narcissisme halluciné, de sottise sentimentale. Oui, de sottise, car on ne peut s'empêcher de se mettre à la place du pauvre Eric qui n'a pas dû voir le même film : après tout, n'avait-il pas le droit, tout simple, de vouloir échapper à cette surdouée de la névrose ? Et, à sa place, aurait-on tenu pendant quatre cents pages ? De ce climat obsessif, tricoteur, écrit sur le vif, on ressort lessivé. Notons, de plus, que Christine Angot emploie sans cesse le mot « écriture » quand elle veut désigner la littérature - dont elle a fait, noblement, son unique transcendance. Et ce lapsus n'est pas innocent : car l'écriture n'est pas (toujours) de la littérature. Forcenée, aspirant la moindre miette de réel, en crue permanente, l'« écriture », telle qu'elle semble la concevoir, s'apparente davantage à un processus mécanique - comme la gymnastique ou la prière. La littérature, elle, n'advient que si l'on plaque, sur cette mécanique, un peu de vivant. Et, bien souvent, Christine Angot n'a pas l'air très vivante. Mais...

... Ne pourrais-je pas, avec une égale bonne foi, soutenir le contraire de tout ce qui précède ? Ça, c'est le mystère Angot : de l'exaspération bizarrement, méticuleusement, transformée en addiction (pour le lecteur, même à l'ancienne). L'« écriture » ? A la longue, de nausée en lassitude, on est rapté malgré soi par cette crue qui veut tout nommer. Plus étrange : Angot écrit, en temps réel, l'histoire qu'elle est en train de vivre. Aucun surplomb, aucune avance sur le récit, l'auteur est le contemporain de son désarroi et non plus son oiseau de Minerve. D'où, comme dans le tourbillon de la vie, son incapacité à mettre en perspective, à trier les faits, à composer. Ce que l'on prenait pour un vortex devient, ainsi, un art littéraire plutôt élaboré. Et puis, à force de décaper les humains, d'enregistrer leurs bribes, de comptabiliser leurs insignifiances, Christine Angot parvient à imposer ses créatures. Dans ce « Rendez-vous », on croise ainsi un banquier - avec lequel elle ne peut jouir qu'en le traitant de « salaud » - qui sera, sans conteste, l'un des personnages les plus vrais de cette rentrée littéraire.

Ce « Rendez-vous », donc ? Insupportable, bien sûr. Avec quelques crises de nerfs et autant de bonnes rigolades à l'horizon. Mais aussi, étrangement : un livre qui vous arrache de la compassion pour une femme qui ne sait pas aimer, qui rumine ses ratages, les recycle à l'infini, se place « à la merci » des sentiments qu'elle n'ose habiter, et guette son salut dans la transcription frénétique de ce vrac. Dans ce livre, quelqu'un dit (page 282) à Christine Angot : « Tu es trop stendhalienne pour ce monde. » Sur le moment, ça m'a franchement énervé : elle, stendhalienne ? Et quoi encore ? Et pourtant, lecture faite, et en y réfléchissant bien...
« Rendez-vous », de Christine Angot (Flammarion, 380 pages, 20 E). En vente le 25 août.

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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Ven 8 Sep - 17:02

bon promis j'lis pas cette année non plus.

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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Sam 9 Sep - 14:32

merci fulmi pour cette recherche à propos de cet auteur que je ne connais pas. Une chose est sure, j'attends d'en trouver un exemplaire dans les rayons d'Emmaüs pour me l'acheter.
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Fulmi
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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Sam 9 Sep - 17:03

Hors sujet, mais excellente : cette note de blog sur Pourquoi le Brésil.

http://jelisoupas.hautetfort.com/archive/2006/08/12/pourquoi-le-bresil.html#comments
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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Lun 18 Sep - 11:23

bertrand-mogendre a écrit:
merci fulmi pour cette recherche à propos de cet auteur que je ne connais pas. Une chose est sure, j'attends d'en trouver un exemplaire dans les rayons d'Emmaüs pour me l'acheter.


Oui. Pis tant qu'à faire, tu peux aussi y acheter des DVD à 1 euro. Comme ça c'est une manière de donner sa vraie valeur au cinéma.
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Anti
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MessageSujet: Re: L'Année Angot   Lun 18 Sep - 11:47

Dona a écrit:
bertrand-mogendre a écrit:
merci fulmi pour cette recherche à propos de cet auteur que je ne connais pas. Une chose est sure, j'attends d'en trouver un exemplaire dans les rayons d'Emmaüs pour me l'acheter.


Oui. Pis tant qu'à faire, tu peux aussi y acheter des DVD à 1 euro. Comme ça c'est une manière de donner sa vraie valeur au cinéma.

M'est avis que monsieur Mogendre faisait justement allusion à la vraie valeur qu'il estime devoir pour un Angot.

Joséphine. Quand je pense que Fulmi m'a dit que je ressemblais physiquement à Angot ! Je déprime...
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