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 Robert Redeker, spéciale Vilain

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Phrasophile averti(e)
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MessageSujet: Robert Redeker, spéciale Vilain   Dim 1 Oct - 23:25

En parlant de Redeker, en voyant son nom j'ai repensé à un article du meme auteur, paru dans le journal Le Monde d'avril 2004 qui m'avait fait bondir à l'époque. Je n'ai pas retrouvé le dit article mais une réponse de la part des Brigades anti-pub. Spéciale Vilain :

réponse à Monsieur Redeker...
Date: 14 avril 2004 à 14h22
Sujet: Articles parus dans la presse

...par Michael Löwy (Chercheur au CNRS et membre de R.A.P)
LE MONDE du 15/4/4

Grâce à Robert Redeker, la philosophie a réussi cette tâche qui semblait auparavant impossible : légitimer la publicité. Certes, l'auteur du point de vue publié par Le Monde daté 11-12 avril reconnaît quelques dangers à l'activité publicitaire : la colonisation commerciale de l'ima- ginaire, la volonté d'évacuer de l'humain sa complexité et sa profondeur. Mais ce sont des aspects secondaires : le bilan de la publicité est bel et bien globalement positif.



Par exemple, nier la publicité revient à "nier les avantages de la mondialisation" : en effet, la publicité "décloisonne et déterritorialise les sociétés et les hommes bien plus que toute autre pratique". Il ne donne pas d'exemples, mais on pourrait avancer celui-ci : grâce à la publicité de McDonald's, les différentes pratiques culinaires cloisonnées et territoriales sont remplacées par une seule, planétaire : n'est-ce pas formidable ? Les altermondialistes croient naïvement que leur mouvement, leurs Forums sociaux mondiaux sont une pratique qui rapproche les hommes et les femmes au-delà des frontières et des cultures ; or la publicité de Coca-Cola - ou de n'importe quel autre produit planétaire - est bien plus efficace, puisqu'elle forme "une sorte de liant universel, de colle par laquelle les hommes tiennent les uns aux autres". Coca-Cola colle les humains : n'est-ce pas une évidence ? "Buveurs de Coca-Cola de tous les pays, unissez-vous !" pourrait donc remplacer bien avantageusement le mot d'ordre des manifestants de Seattle, "Le monde n'est pas une marchandise".

Comme le montre si bien M. Redeker, les anti-pub sont au fond des adversaires sournois de l'ordre capitaliste libéral. Un monde sans publicité serait un monde "sans circulation des marchandises", sans "créativité industrielle", bref, la fin du monde (capitaliste). Or, comme l'on sait bien, tout ennemi du système capitaliste libéral ne peut être qu'un partisan du "socialisme réellement existant", ce monde où la publicité avait été abolie au profit de la propagande. Margaret Thatcher l'avait définitivement argumenté : "There is no alternative" : si l'on ne veut pas le goulag, il faut accepter le capitalisme libéral - et donc les bienfaits de la publicité, rouage indispensable du système.

Autre argument important avancé par le philosophe : "suscitant du désir, la publicité humanise, nous rendant, au même titre que la raison, plus hommes". Pourquoi seulement les hommes ? La publicité humanise aussi les femmes, en les montrant dans les plus diverses positions commercialement et publicitairement avantageuses : dénudées ou habillées, à quatre pattes dans un pré, à cheval sur une machine à laver, etc. Seuls des esprits chagrins et des partisans du voile islamique pourraient voir dans ces beaux exercices de l'art publicitaire une dégradation du corps féminin et une agression sexiste contre les femmes.

En fait, le combat des militants anti-pub est une double guerre "contre les images - réinvestissant les clichés d'une vieille iconoclastie - et contre les corps". Leur plus ardent désir c'est de "couvrir nos villes, nos couloirs de métro d'un voile de monocolore tristesse". Certains de ses militants argumentent qu'ils n'ont rien contre les images, mas seulement contre leur manipulation commerciale par la publicité ; ils voudraient que les couloirs du métro soient couverts de peintures, de poèmes et d'autres formes d'expression artistique - comme c'est le cas par exemple, à Mexico City. Cela ne fait que révéler ce que notre philosophe appelle le conformisme "hautain" des intellectuels, qui refusent obstinément de reconnaître la qualité esthétique et intellectuelle de la publicité. De toute façon, comme leur projet est utopique, les deux seules possibilités sont : la beauté publicitaire dans nos rues et nos métros, ou "le manteau gris de tristesse des pays totalitaires".

En dernière analyse, observe Redeker, ce qui motive les publiphobes c'est la haine de la gaieté (c'est d'ailleurs le titre du point de vue) : "celle du corps, celle des villes et des murs du métro". Bien vu ! Les adversaires de la pub sont des individus obtus, incapables de saisir la gaieté des interruptions publicitaires de films à la télévision ; ou la gaieté des innombrables prospectus multicolores qu'on trouve tous les matins dans sa boîte aux lettres ; ou la gaieté des magnifiques panneaux publicitaires de dizaines de mètres carrés, qui cachent nos tristes paysages, nos grises forêts et nos monotones fleurs sylvestres.

C'est sans doute la haine des corps qui inspire leur opposition à la publicité des boissons sucrières et autres produits alimentaires qui contribuent à l'obésité des enfants et des adultes. Il faut être un partisan des "formes les plus morbides de l'ascétisme" pour ne voir dans l'entreprise publicitaire, si gaie et si joyeuse, qu'une insidieuse manipulation commerciale des esprits, des consciences et des désirs.

Bref, il faut être un de ces utopistes ringards et archaïques, disciples du "mythe primitiviste du bon sauvage", qui croient encore qu'un autre monde est possible, pour pouvoir s'imaginer qu'un monde sans agression publicitaire soit possible.

Je pense que si les entreprises publicitaires distribuaient tous les ans un Prix de la philosophie publicitaire, Robert Redeker mériterait certainement cette distinction. Je ne vois personne qui puisse lui disputer la première place dans une telle compétition.

par Michael Löwy

Michael Löwy est directeur de recherche au CNRS, membre de l'association Résistance à l'agression publicitaire.

Joséphine
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Baptiste
Phrasophile averti(e)


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MessageSujet: Re: Robert Redeker, spéciale Vilain   Dim 1 Oct - 23:58

L'anti-publicité, ou la haine de la gaieté, par Robert Redeker

LE MONDE | 11.04.04 |

Les militants anti-pub poursuivent une double guerre : contre les images et contre les corps.

La multiplication des actions "anti-pub" dans l'espace public donne à penser. Nul ne songera, bien entendu, à nier les excès de la publicité et les dangers de colonisation commerciale de l'imaginaire qu'elle véhicule. Nul ne refusera de voir en elle non une formidable volonté de puissance, comme le croient les mouvements anti-pub, mais une volonté de vide : évacuer de l'humain sa complexité, en évider la profondeur, le guérir des deux douleurs qui, selon Tocqueville, donnent son prix à la vie, "la peine de vivre" et "la douleur de penser".

Cela dit, que serait un monde sans pub ? Quelles nostalgies et quelles idéologies transportent, subliminalement, les discours anti-publicitaires ?

Sans la pub, la production se condamne à demeurer très locale, à trouver ses clients par le bouche-à-oreille et la rumeur. Seule la communauté autarcique, non développée, qui ne produit que ce qu'elle consomme et qui ne consomme que ce qu'elle produit, peut se passer de publicité.

La marchandise circule grâce à la publicité, dont elle est le laissez-passer. Sans publicité, c'est-à-dire sans la circulation des marchandises produites, la création (la conception, puis la fabrication, de nouveaux produits) devient impossible.

La mort de la publicité serait aussi celle de la créativité industrielle. Le mythe primitiviste du bon sauvage et de la bonne communauté se réincarne dans l'anti-pub. Au contraire du rêve "campaniliste", la publicité est, planétairement, une sorte de réseau vital, transportant partout l'image des marchandises fabriquées ici ou là, suscitant partout le désir de leur consommation. Dès lors, la publicité décloisonne et déterritorialise les sociétés et les hommes bien plus que toute autre pratique, formant une sorte de liant universel, de colle par laquelle les hommes tiennent les uns aux autres.

Alors que les religions cloisonnent - de nos jours, postérieurement à la "mort de Dieu", toute foi s'est éteinte au profit de la religion comme affirmation culturelle identitaire -, opposent les civilisations les unes aux autres, la publicité décloisonne, relie. Si religion vient de relier, religare, la publicité relie désormais mieux que les religions. Elle fonctionne à l'inverse des religions : le message religieux est une déclaration forte et exclusiviste, un discours plein, ancrant les hommes dans une civilisation, tandis que le message publicitaire attache les hommes par le plus petit commun dénominateur, les déracine par des déclarations aussi minimalistes que planétaires, les poussant à évoluer dans un univers plus ouvert quoique de moindre consistance. Appuyé sur un imaginaire rousseauiste, inconsciemment communautariste, le mouvement anti-pub encourt le risque de nier les avantages de la mondialisation.

Les militants anti-pub font feu de tout bois pour convaincre chacun de ceci : les méthodes de la propagande totalitaire se réincarnent dans la publicité. Ils ne manquent pas de la diaboliser en la stigmatisant comme une machine à décerveler. Effet garanti : le capitalisme et le néolibéralisme se retrouvent à côté du nazisme, du fascisme et du stalinisme dans le registre des formes sociales totalitaires.

Ces militants commettent en l'occurrence le même sophisme que ceux qui, à la suite du philosophe Giorgio Agamben, rapprochent le centre de rétention de Guantanamo, qui, pour condamnable qu'il soit, n'est pourtant pas un camp d'extermination éliminant chaque jour des dizaines de milliers de personnes, d'Auschwitz.

Cette ficelle sophistique méconnaît un grand écart : la publicité produit des conformismes gélatineux dans le style de vie d'où chacun possède la liberté de s'arracher, tandis que les totalitarismes organisaient des Etats policiers où la pensée était non pas entravée (comme dans les mondes publicitaires), mais interdite sous peine de camp et de mort.

Contrairement à ce que tonitrue la vulgate anti-pub, publicité et propagande ne sont pas identiques. La publicité séduit et relance le désir. Le désir est sa matière première, même si c'est pour le détourner vers la marchandise. Or le désir est cette faculté humaine que les animaux, sans imaginaire et bornés au besoin, ne partagent pas. La publicité développe le désir dans le but de le mouler dans une forme aussi universelle que superficielle. Suscitant du désir, la publicité humanise, nous rendant, au même titre que la raison, plus hommes, tandis que la propagande met à mort le désir, l'anéantit. La publicité exalte le désir d'être un individu, d'être soi, d'être unique, tandis que la propagande exalte la mort de ce désir d'être soi, elle exalte le refus d'être soi, poussant à se taire et à marcher au pas, à se fondre dans la masse humaine. La publicité s'articule à Eros et à l'envie de vivre, tandis que la propagande renvoie à la pulsion de mort, cultivant les tendances morbides de l'humanité.

C'est pourquoi la publicité politique, s'étalant de vives couleurs sur les murs des démocraties, se distingue de la morne propagande. D'abord la publicité politique admet le pluralisme ; mais il y a plus : elle en vit, elle ne peut vivre que dans le cadre du pluralisme et de la concurrence entre les partis et les candidats. Elle admet implicitement l'inscription de la politique dans l'ordre du jeu et du désir.

Au contraire, la propagande nie ces déterminations érotiques et ludiques de la politique en fabricant exclusivement de la soumission bornée. Lorsque la propagande utilise le désir, c'est uniquement sous l'angle de sa morbidité (les sinistres politiques sémiopulsionnelles des totalitarismes l'attestent). Les sociétés libres et ouvertes, en permanence menacées par le conformisme, aiment la publicité, tandis que les sociétés fermées, en proie au joug totalitaire, sont saturées par la propagande. Il est, par suite, d'une grande malhonnêteté intellectuelle de rabattre la publicité sur la propagande, et de suggérer que les démocraties capitalistes et libérales, pour critiquables qu'elles soient, ne valent pas mieux que les totalitarismes.

Le mépris discret et hautain à l'endroit de la publicité dessine les traits d'un conformisme quasi obligatoire chez les intellectuels, et, plus largement, chez les gens hautement diplômés dans les disciplines scientifiques et littéraires. Un habitus non questionné les habite : la publicité est tenue pour l'une des formes du mal. Il est supposé qu'elle est intellectuellement nulle, non créatrice, et politiquement dangereuse. Il est entendu qu'elle est essentiellement attenante à un ordre tenu pour le pire le tous, le doublet capitalisme-libéralisme. Après le trépas du marxisme ce jugement doit être revu. La tristesse des pays socialistes - pour beaucoup de peuples au XXe siècle, socialisme a été l'autre nom du malheur - se remarquait en particulier dans l'absence de publicité sur les murs et dans les médias. La moindre gaieté de la vie se signalait par la non-présence de la consommation, dont la publicité figure le miroir. Seule, dans ces pays en manteau gris où l'existence semblait ne point connaître d'autre saison que l'hiver, la propagande avait droit de cité.

Au nom de quoi condamner la publicité, l'affichage publicitaire ? Au nom du même obscurantisme que le "socialisme réellement existant" de naguère et que l'intégrisme religieux d'aujourd'hui : expulser de l'espace public, du jeu gai des apparences corporelles et de l'univers de séduction qu'il implique, certains corps.

Le mouvement anti-pub voudrait couvrir nos villes, nos couloirs de métro d'un voile de monocolore tristesse qui rappellerait tout autant la tristesse de la vie dans les pays totalitaires que les utopies des intégrismes religieux. Il est de la propagande pour un type de société uniforme. Sa cible véritable n'est pas la publicité - qui relève d'une Critique de la raison publicitaire en reflet à la Critique de la raison pure, faisant le partage entre ses légitimes prétentions et ses inacceptables excès -, mais un type de société.

Les militants anti-pub poursuivent une double guerre : contre les images - réinvestissant les clichés d'une vieille iconoclastie - et contre les corps. La vieille guerre contre le corps amorcée en Occident par Platon, qu'une certaine variante du christianisme n'a pas manqué de mener, et qui réapparaît aujourd'hui chez les partisans du voile islamique, anime le mouvement anti-pub. S'imaginant n'être qu'un mouvement anticapitaliste, il s'avère en fait véhiculer une haine du corps et de sa visibilité, de sa représentation et de son exposition, qui relance les formes les plus morbides de l'ascétisme. Cette haine est une guerre contre la gaieté : celle du corps, celle des villes et des murs du métro ; guerre aussi contre la surface et la superficialité dans lesquelles nos anti-pub oublient de voir l'un des piments de la vie.

Robert Redeker enseigne la philosophie au lycée Pierre-Paul-Riquet de Saint-Orens-de-Gameville (Haute-Garonne) et à l'Ecole nationale de l'aviation civile. Il est membre du comité de rédaction de la revue Les Temps modernes.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.04.04
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MessageSujet: Re: Robert Redeker, spéciale Vilain   Lun 2 Oct - 1:24

Mille mercis Baptiste ! Un vrai sorcier !

Joséphine
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vilain
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MessageSujet: Re: Robert Redeker, spéciale Vilain   Lun 2 Oct - 11:57

Je connais pas ce Monsieur...Mais voici ce qu'en pense l'Humanité ( à propos se la lutte anti-Cpe)
Citation :
si l’on en croit le philosophe Robert Redeker, ex-maître

d’une France « louis-philiparde » et sans doute nostalgique d’un Thiers-ordre anti-républicain.

Et personnelement, je ne partage vraiment pas ses vues sur la Pub.....Qui à mon avis n'est là que pour nous transformer en consommateurs...Doncà nous enchainer à nos désir...et par conséquence au "crédit"...qui lui nous tient aux couilles....et entrave toute Lutte....

Vilain, Anarco-Marxiste à ses heures .
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ours impatient
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MessageSujet: Re: Robert Redeker, spéciale Vilain   Lun 2 Oct - 12:14

ses arguments manquent pas d'finesse, ni de mauvaise foi on est d'accord. A côté la défense des niais est on n'peut plus légère.

_________________
L'éducation peut tout : elle fait danser les ours.
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Fulmi
Prolixe infatigable
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MessageSujet: Re: Robert Redeker, spéciale Vilain   Lun 2 Oct - 14:17

Je déteste la réclame qui attire mon attention sur des sujets qui ne m'intéressent pas. Redeker aussi attire mon attention sur des sujets médiocres, comme la pub. Je regrette le goulag. Il avait une utilité. On y envoyait les suppôts de « l'impérialisme » (comprendre « le capitalisme », en jargon soviétique ; je le signale pour les plus jeunes).
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Robert Redeker, spéciale Vilain
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