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l'hypocrisie, le moi et le sujet

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alejandro
Vocabulivore émerite



Inscrit le : 15 Oct 2004
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MessageSujet: Re: l'hypocrisie, le moi et le sujet   Sam 30 Sep - 14:04

alejandro a écrit:
le Veilleur a écrit:
Croire ou ne pas croire en Dieu, c'est la même chose; la bonne attitude est de ne pas avoir d'opinion.


C'est un peu léger.

Lorsqu'on estime avoir une idée de comment historiquement l'idée d'un dieu unique a été créé et s'est développée, ça fait une bonne raison de penser qu'il n'existe pas.

Lorsqu'on fait le constat que Dieu représente des choses fondamentalement différentes, au sein d'une même religion, en fonction du contexte politique, social et historique considéré, ça fait une raison supplémentaire de penser que Dieu est une invention humaine et ne correspond donc à aucune réalité.

_________________
Tous les dieux étaient immortels.
Stanislaw Jerzy Lec
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alejandro
Vocabulivore émerite



Inscrit le : 15 Oct 2004
Messages : 2080

MessageSujet: Re: l'hypocrisie, le moi et le sujet   Sam 30 Sep - 14:05

le Veilleur a écrit:
alejandro a écrit:
le Veilleur a écrit:
[ La réalité, c'est, par exemple, que je suis hypocrite. Il suffit d'une seconde pour le voir.


C'est un exemple. Mais une vie suffirait-elle à faire le tour de tous les exemples ?

Il n'est pas besoin de faire le tour de tous les exemples. L’hypocrisie est une qualité du moi qui comporte toutes les autre qualités du moi. Si je comprends l’hypocrisie du moi, je comprend tout le mouvement du moi, de quelle façon il naît et comment il refuse de mourir. Je suis hypocrite, dans le sens ou je me forme une image de moi-même, ce qui est le cas de la plupart d'entre-nous, c'est un fait, c'est la réalité; et je regarde cette réalité en face, je reste avec elle, je ne cherche pas à la fuir en la condamnant ou en l'approuvant, je l'observe, c'est tout; et alors, elle me révèle quelque chose sur le processus qui m'a conduit à me fabriquer une image; je vois que c'est la pensée qui a créé cette image qui représente le moi; je vois que si la pensée ne crée pas le moi, il n'y a alors que la pensée; la pensée a donc créé une division illusoire entre un soi-disant penseur (le je, le moi) et la pensée, un penseur qui dirigerait la pensée; mais ce n'est qu'une illusion, car le penseur est la pensée. Quand je dis que je vois ça, c'est évidemment une façon de parler ambigüe, car cela ne peut être vraiment vu que si le "je" s'efface ne serait-ce qu'une seconde.

Citation:
Pour aller plus loin dans la discussion il serait utile que tu expliques ce que tu entends par le moi, le sujet et la fonction de pensée.
Car « sans le moi il n’y a pas d’impatience… », etc. est pour moi assez incompréhensible. Il est certain qu’une pierre ne souffre pas d’impatience, mais j’ai du mal à imaginer que tu veux nous réduire à l’état de pierre.

Il y a le mouvement de la pensée. Y a t-il une entité qui commande à ce mouvement? Pour la plupart d’entre-nous, ça ne fait aucun doute : il y a le « je », le « moi » qui active ce mouvement. Est-ce bien réel ou est-ce une illusion? Je me demande où pourrait se trouver ce je commandant à la pensée. S’il se trouve dans la pensée, c’est donc qu’il est la pensée; et, de fait, quand j’observe attentivement le mouvement de ma pensée, je ne vois aucune distinction entre le penseur et la pensée; s’il existait une entité qui active la pensée, il faudrait d’ailleurs qu’elles soit d’une nature différente et supérieure à celle de la pensée et qu’elle se trouve en dehors de la pensée. Où? Ne sommes nous pas en train d’accréditer l’hypothèse de l’âme, voire celle de Dieu? Et, dans ce dernier cas, le moi, pris comme un disfonctionnement de la pensée, serait un obstacle à notre relation avec Dieu?


Citation:
Je crois comprendre que ce que tu voudrais c’est qu’on ait un regard objectif sur nous-mêmes. Un sujet qui aurait un regard objectif, donc extérieur et neutre, sur lui-même, est-ce seulement possible ? D’ailleurs, comment ce regard pourrait-il s’exprimer ? Par une pensée ? Mais la pensée ne peut se matérialiser que par des mots et les mots, on en a déjà parlé sur vocab, est tout sauf neutre.

En effet. Et n’ai-je pas déjà répondu? Ce regard n’est donc pas le regard du je, du moi. Est-t-il possible de regarder sans le moi? Ca ne se commande pas, mais c’est possible, et je crois que nous connaissons tous dans notre vie de ces brefs instants ou le moi n’est pas, quand nous sommes sous le coup d’une émotion, d’un sentiment intense. Ce matin tôt, il y avait de magnifique nuages qui s’élevaient de la crête des collines jusque très haut dans le ciel bleu; le soleil levant les éclairait par derrière et leur donnait une transparence délicate; par endroits, il en nimbait les contours, ou bien de larges rayons lumineux s’élevaient en leur sein. Pendant une seconde, le moi n’était pas; seul était un intense sentiment de joie devant cette immense beauté. Puis le moment de surprise passée, la pensée a commenté ce spectacle, le moi est revenu et le sentiment, devenant plus intellectuel, a perdu de sa force.
Cette expérience montre au moins que l’absence de moi n’implique pas que nous soyons comme des pierres.

Citation:
Nous sommes issus de l’enfant que nous avons été – Saint Augustin et Descartes ont en commun de l’avoir regretté –, et enfants, nous avions besoin d’avoir des croyances – par exemple le père noël – de nous identifier à des gens et à des choses – les nounours – ainsi que de diviser le monde en bien et mal, en gentils et méchants. Notre structure mentale d’adulte repose sur les structures que nous avons échafaudées à partir des premiers instants de notre vie.

L’enfant a-t-il besoin d’avoir des croyances ou est-ce les parents qui les poussent à les avoir? Ce sont les parents qui ont inventé le père noël, pas les enfants. Sans doute, s’ils l’ont inventé c’est pour répondre à une attente de la part des enfants, à leur goût du merveilleux; et comme ils ne savent pas leur faire découvrir le merveilleux de la réalité, étant eux-mêmes incapables de le découvrir, ils leur inventent des histoires comme avaient fait leurs parents avant eux. La croyance au père noël, diviser le monde en bien et mal, en gentils et en méchant, en somme, ça ressemble tellement à Dieu avec ses anges et ses démons et les septs péchés capitaux!

Citation:
Tu voudrais que les enfants et, même, les nourrissons, aient un regard objectif sur eux-mêmes ?

Les nourrissons et les petits enfants ont un ego peu développé. C’est au parents de veiller à ce que cet ego n’enfle pas par la suite. Mais comme les parents ont cultivé leur propre moi toute leur vie, ils ne voient pas la nécessité de donner une éducation différente à leurs enfants.



Citation:
Bah si les parents ne « formataient » pas les enfants pour qu’ils s’insèrent dans la société, ils leur rendraient un bien mauvais service. Une autre façon plus élégante de dire la même chose est de dire que les parents apprennent à leurs enfants à vivre, car un humain ne peut pas vivre autrement qu’en société.

Serait-ce vraiment leur rendre un mauvais service? Apprendre aux enfants à se conformer à une société corrompue, n’est ce pas les corrompre eux-mêmes? Apprendre aux enfants à ne pas s’engager dans une société corrompue tout en y vivant, ne serait-ce pas se donner la chance de voir éclore une race d’homme qui instaureraient une société radicalement différente? Je ne parle pas de les inciter à changer la société actuelle (on a déjà fait ça des milliers de fois : le christianisme, le socialisme, le marxisme, le communisme, l’islamisme, etc.!), mais de faire que s’opère en eux-mêmes un changement radical qui entraînerait du même coup une mutation de la société, une société faite de vraies relations, de relations entre esprits libres, et non pas de conventions, de contrats, de règles et de lois.

Citation:
Il est par ailleurs bizarre d’affirmer que la société est immorale. A l’entrée « morale », mon Petit Larousse 2006 dit : « Ensemble de normes, de règles de conduite propres à une société donnée. » Comment une société pourrait-elle aller à l’encontre des normes et des règles qu’elle s’applique à elle-même ?

Ce Larousse dit aussi (nous avons le même) : ensemble des règles de conduite tenues pour universellement valables. La société, hypocrite comme les hommes et les femmes qui la composent, se donne l’apparence de respecter ou de faire respecter ces règles pour le bien de tous; mais nous savons ce qu’il en est au fond: le bien de tous se résume, en fait, à d’abord moi, ma famille ou mes amis (la famille et les amis étant une extension du moi).

Citation:
Mon très cher ami, je serai désormais surpris si tu me disais que tu as des enfants. Tu saurais la bagarre c’est dans la cour de recréation que ça commence – si ce n’est pas avec l’arrivée d’un petit frère ou sœur –, qui lui-même est issu de tout un tas de choses qui vont du désir pas encore contrôlé chez les enfants, en passant du besoin de se comparer aux autres pour s’individualiser, et jusqu’au besoin de se trouver des alliés pour mieux agresser les adversaires. Les enfants sont capables d’une cruauté inouïe.

Il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants pour savoir ça; il suffit d’avoir été enfant soi-même. Il serait vraiment très intéressant de comprendre pourquoi les enfants se comportent ainsi, sans avoir d’opinions préétablies à ce sujet.

Citation:
Il serait réducteur d’affirmer que le psychisme d’un enfant se résume à une agressivité sauvage déchaînée, mais il n’en reste pas moins que le rôle des adultes, et en particulier celui des parents, est d’apprendre à l’enfant à maîtriser ses désirs les plus immédiats, de s’abstenir de taper sur celui dont la tête ne lui revient pas et la notion de respect d’autrui. L’hypocrisie, si tu veux
.
Oui, c’est ce qu’on appelle traiter les symptômes sans avoir compris l’origine du mal. Les parents qui enseignent à leurs enfants à respecter autrui ont-ils vraiment creuser la question de la respectabilité?

Citation:
Et à quoi ressemblerait un homme psychologiquement rationnel, en supposant qu’il n’y ait pas de contradiction de les termes ?

Nous savons en tout cas à quoi ressemble un homme psychologiquement irrationnel : il suffit de se regarder soi-même; et nous savons ce que donne cette irrationnalité dans le monde : il suffit de voir les conflits récurrents qui le déchirent et l’ensanglante.
Et pourquoi devrait-on supposer qu'il y puisse y avoir une contradiction entre psychologie et rationnalité?

Citation:
Puis, comment y parviendrait-on ? Si ta réponse est de se connaître soi-même, il faudrait d’abord que tu arrives à me convaincre qu’il est possible d’avoir une compréhension objective de son propre être en tant que sujet. Vaste programme.

En tant que sujet, c’est-à-dire en tant que moi, on ne peut pas.

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ours impatient




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MessageSujet: Re: l'hypocrisie, le moi et le sujet   Sam 30 Sep - 15:14

nan mais dis donc vas-y te gêne pas dégueule-nous l'kougloff text rale

j'comprends pas, les gosses, c'est con, partout, à la récré, quand ça "pense", quand c'est amoureux... S'démerdent comme des chefs pour négocier plein d'trucs, mentent avec une innocence enviable, écrasent un plus faible par appétit perso ou pour s'faire aimer d'un fort.
Pis y a pas b'soin des parents pour ça, ça commence à la couche-culotte, dès qu'on s'rend compte qu'y a du monde autour.
Pourtant on peut pas dire qu'les gnards soient dotés d'un moi bien dév'loppé.

Le connais-toi toi-même pfffff c'est du superflu, on marche d'abord à l'instinct tribal, du bon vieux réflexe de survie, et heureus'ment ; l'hypocrisie, c'est juste le nom qu'les adultes donnent à ça, et les pauv's adultes, les images d'eux-mêmes qu'ils se forgent, comme celles des enfants, sont à la mesure des agaceries rituelles des Arts Premiers, un truc pour lisser l'pelage de l'animal social qui feuuuuuuuule en nous.

Veilleur, si t'avais passé ta vie à r'garder les merveilleux nuages, tu s'rais pu là pour nous en causer, tu trouv'rais ça moins bandant.
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L'éducation peut tout : elle fait danser les ours.
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alejandro
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MessageSujet: Re: l'hypocrisie, le moi et le sujet   Sam 30 Sep - 19:18

le Veilleur a écrit:
alejandro a écrit:
le Veilleur a écrit:
[ La réalité, c'est, par exemple, que je suis hypocrite. Il suffit d'une seconde pour le voir.


C'est un exemple. Mais une vie suffirait-elle à faire le tour de tous les exemples ?


Il n'est pas besoin de faire le tour de tous les exemples. L’hypocrisie est une qualité du moi qui comporte toutes les autre qualités du moi. Si je comprends l’hypocrisie du moi, je comprend tout le mouvement du moi, de quelle façon il naît et comment il refuse de mourir.


Je ne comprends pas d'où tu sors cette idée, ou comment tu es arrivé à une telle conclusion. L'hypocrisie serait la qualité qui engloberait toutes les autres? Et pourquoi l'hypocrisie et non, par exemple, la méchanceté, la sincérité ou l'instinct agressif?


le Veilleur a écrit:

Je suis hypocrite, dans le sens ou je me forme une image de moi-même, ce qui est le cas de la plupart d'entre-nous, c'est un fait, c'est la réalité; et je regarde cette réalité en face, je reste avec elle, je ne cherche pas à la fuir en la condamnant ou en l'approuvant, je l'observe, c'est tout; et alors, elle me révèle quelque chose sur le processus qui m'a conduit à me fabriquer une image; je vois que c'est la pensée qui a créé cette image qui représente le moi; je vois que si la pensée ne crée pas le moi, il n'y a alors que la pensée; la pensée a donc créé une division illusoire entre un soi-disant penseur (le je, le moi) et la pensée, un penseur qui dirigerait la pensée; mais ce n'est qu'une illusion, car le penseur est la pensée. Quand je dis que je vois ça, c'est évidemment une façon de parler ambigüe, car cela ne peut être vraiment vu que si le "je" s'efface ne serait-ce qu'une seconde.


Moi j'aurais tendance à penser que si l'on assume que l'on est hypocrite, cela s'ajoute à l'image que l'on a de soi, ni plus, ni moins.

Je ne comprends pas ce qu'est censé vouloir dire "hypocrite dans le sens où l'on se forme une image de soi".

Je ne comprends pas comment nous, êtres par définition subjectifs, pourrions regarder ce que nous sommes réellement, autrement dit, de nous regarder objectivement.

Je ne comprends pas en quoi assumer que l'on est hypocrite permettrait de comprendre le processus par lequel nous nous sommes forgé une image de nous-mêmes.

Je ne vois pas comment on peut affirmer que la pensée créé l'image du moi ; l'image que nous avons de nous-mêmes se situe au niveau des émotions, des sentiments et des symboles bien d'avantage que d'un processus conscient tel que la pensée.

"Le penseur est la pensée" c'est très discutable. Le penseur ne fait pas que penser, il fait bien d'autres choses en même temps qu'il pense. La pensée quant à elle requiert une grosse discipline et la maîtrise d'un langage.

Je ne vois pas pourquoi il faudrait que le je s'efface pour pouvoir voir.


le Veilleur a écrit:

Il y a le mouvement de la pensée. Y a t-il une entité qui commande à ce mouvement? Pour la plupart d’entre-nous, ça ne fait aucun doute : il y a le « je », le « moi » qui active ce mouvement. Est-ce bien réel ou est-ce une illusion? Je me demande où pourrait se trouver ce je commandant à la pensée. S’il se trouve dans la pensée, c’est donc qu’il est la pensée; et, de fait, quand j’observe attentivement le mouvement de ma pensée, je ne vois aucune distinction entre le penseur et la pensée; s’il existait une entité qui active la pensée, il faudrait d’ailleurs qu’elles soit d’une nature différente et supérieure à celle de la pensée et qu’elle se trouve en dehors de la pensée. Où? Ne sommes nous pas en train d’accréditer l’hypothèse de l’âme, voire celle de Dieu? Et, dans ce dernier cas, le moi, pris comme un disfonctionnement de la pensée, serait un obstacle à notre relation avec Dieu?


Le Je, le Moi, se commence avec le premier ongle du premier doigt de pied, se termine avec le dernier de nous cheveux et se situe à l'intérieur de notre épiderme. La pensée, c'est-à-dire, une partie notre activité consciente, dûment disciplinée par l'éducation que nous avons reçu de nos parents et de notre environnement, et matérialisé par notre langue maternelle, n'est que la partie émergée de notre être. Le plus probable que le premier mouvement de ce qui devient une pensée prenne naissance aux tréfonds de notre être. Une opinion, politique, par exemple, est plus qu'autre chose le reflet de notre inconscient, bien davantage que le résultat d'une analyse.

Le moi, un dysfonctionnement de la pensée? Où est-ce que tu es allé chercher ça?


le Veilleur a écrit:

Est-t-il possible de regarder sans le moi? Ca ne se commande pas, mais c’est possible, et je crois que nous connaissons tous dans notre vie de ces brefs instants ou le moi n’est pas, quand nous sommes sous le coup d’une émotion, d’un sentiment intense. Ce matin tôt, il y avait de magnifique nuages qui s’élevaient de la crête des collines jusque très haut dans le ciel bleu; le soleil levant les éclairait par derrière et leur donnait une transparence délicate; par endroits, il en nimbait les contours, ou bien de larges rayons lumineux s’élevaient en leur sein. Pendant une seconde, le moi n’était pas; seul était un intense sentiment de joie devant cette immense beauté. Puis le moment de surprise passée, la pensée a commenté ce spectacle, le moi est revenu et le sentiment, devenant plus intellectuel, a perdu de sa force.
Cette expérience montre au moins que l’absence de moi n’implique pas que nous soyons comme des pierres.


Nous avons tous connu l'absence du moi : dans le ventre de notre mère et lors des premiers mois de notre vie. A cette époque, notre être se confondait avec le monde, nous étions le monde et psychiquement, l'étendue de nous-mêmes n'avait pas de limites. C'est certainement un sentiment fort agréable, un sentiment de plénitude, en somme. Je pense que le mythe du paradis perdu vient de la nostalgie de ce sentiment de plénitude. Certaines techniques dites de méditation, telle que la méditation transcendantale, que j'ai pratiqué, permettent de le retrouver, à moins que ce ne soit une illusion, là, pour le coup. Certaines drogues donnent elles aussi ce sentiment. S'il est agréable de ne pas sentir les limites de son corps, et peut-être même instructif et relaxant d'en faire l'expérience, mais j'ai un peu de mal à imaginer que ça puisse être un mode de vie viable. Le monde est là, notre conscience de nous-mêmes nous permet de nous distinguer du monde, de dire "moi", "je", de fixer des limites entre nous et le monde, d'être des sujets et de vivre en individus.


le Veilleur a écrit:

Citation:
Nous sommes issus de l’enfant que nous avons été – Saint Augustin et Descartes ont en commun de l’avoir regretté –, et enfants, nous avions besoin d’avoir des croyances – par exemple le père noël – de nous identifier à des gens et à des choses – les nounours – ainsi que de diviser le monde en bien et mal, en gentils et méchants. Notre structure mentale d’adulte repose sur les structures que nous avons échafaudées à partir des premiers instants de notre vie.

L’enfant a-t-il besoin d’avoir des croyances ou est-ce les parents qui les poussent à les avoir? Ce sont les parents qui ont inventé le père noël, pas les enfants. Sans doute, s’ils l’ont inventé c’est pour répondre à une attente de la part des enfants, à leur goût du merveilleux; et comme ils ne savent pas leur faire découvrir le merveilleux de la réalité, étant eux-mêmes incapables de le découvrir, ils leur inventent des histoires comme avaient fait leurs parents avant eux. La croyance au père noël, diviser le monde en bien et mal, en gentils et en méchant, en somme, ça ressemble tellement à Dieu avec ses anges et ses démons et les septs péchés capitaux!



Le père Noël est un proche parent de Saint Nicolas et des lutins nordiques (en Norvège, c'est le Julenissen – le lutin de Noël – qui apporte les cadeaux.), qui eux-mêmes sont issus de la culture populaire. Ne va pas croire que le père Noël a été inventé par Coca-Cola. Le goût du merveilleux ne se limite pas à un caprice, c'est un besoin psychologique des enfants qui y trouvent un reflet des enjeux qui les habitent. La réalité et bien trop pâle en comparaison et, de toute façon, la comprendre demande une maturité que les enfants n'ont pas encore. Grandir, ce n'est pas seulement apprendre, c'est aussi mûrir ; les enfants ne sont pas des petits adultes à qui il leur manque de connaissances. Les gentils et les méchants, les enfants ont en besoin pour mettre de l'ordre dans leur petite tête ; c'est lorsqu'un président des Etats-Unis tient ce genre de langage que cela devient inquiétant.

le Veilleur a écrit:

Citation:
Tu voudrais que les enfants et, même, les nourrissons, aient un regard objectif sur eux-mêmes ?

Les nourrissons et les petits enfants ont un ego peu développé. C’est au parents de veiller à ce que cet ego n’enfle pas par la suite. Mais comme les parents ont cultivé leur propre moi toute leur vie, ils ne voient pas la nécessité de donner une éducation différente à leurs enfants.


On élève ses enfants avec ce qu'on est, on ne peut pas faire autrement. Tu aurais des enfants, ce que je viens de dire te semblerait une évidence.

le Veilleur a écrit:


Citation:
Bah si les parents ne « formataient » pas les enfants pour qu’ils s’insèrent dans la société, ils leur rendraient un bien mauvais service. Une autre façon plus élégante de dire la même chose est de dire que les parents apprennent à leurs enfants à vivre, car un humain ne peut pas vivre autrement qu’en société.

Serait-ce vraiment leur rendre un mauvais service? Apprendre aux enfants à se conformer à une société corrompue, n’est ce pas les corrompre eux-mêmes? Apprendre aux enfants à ne pas s’engager dans une société corrompue tout en y vivant, ne serait-ce pas se donner la chance de voir éclore une race d’homme qui instaureraient une société radicalement différente? Je ne parle pas de les inciter à changer la société actuelle (on a déjà fait ça des milliers de fois : le christianisme, le socialisme, le marxisme, le communisme, l’islamisme, etc.!), mais de faire que s’opère en eux-mêmes un changement radical qui entraînerait du même coup une mutation de la société, une société faite de vraies relations, de relations entre esprits libres, et non pas de conventions, de contrats, de règles et de lois.


Les parents transmettent leur éthique à leurs enfants, ceux-là, par la suite l'adoptent ou la rejettent. Qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent de plus?

le Veilleur a écrit:
La société, hypocrite comme les hommes et les femmes qui la composent, se donne l’apparence de respecter ou de faire respecter ces règles pour le bien de tous; mais nous savons ce qu’il en est au fond: le bien de tous se résume, en fait, à d’abord moi, ma famille ou mes amis (la famille et les amis étant une extension du moi).


C'est un petit peu plus compliqué que ça, le veilleur.

le Veilleur a écrit:

Citation:
Mon très cher ami, je serai désormais surpris si tu me disais que tu as des enfants. Tu saurais la bagarre c’est dans la cour de recréation que ça commence – si ce n’est pas avec l’arrivée d’un petit frère ou sœur –, qui lui-même est issu de tout un tas de choses qui vont du désir pas encore contrôlé chez les enfants, en passant du besoin de se comparer aux autres pour s’individualiser, et jusqu’au besoin de se trouver des alliés pour mieux agresser les adversaires. Les enfants sont capables d’une cruauté inouïe.

Il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants pour savoir ça; il suffit d’avoir été enfant soi-même. Il serait vraiment très intéressant de comprendre pourquoi les enfants se comportent ainsi, sans avoir d’opinions préétablies à ce sujet.



Pourquoi, en gros, c'est parce qu'ils ne sont pas encore socialisés.

le Veilleur a écrit:

Citation:
Il serait réducteur d’affirmer que le psychisme d’un enfant se résume à une agressivité sauvage déchaînée, mais il n’en reste pas moins que le rôle des adultes, et en particulier celui des parents, est d’apprendre à l’enfant à maîtriser ses désirs les plus immédiats, de s’abstenir de taper sur celui dont la tête ne lui revient pas et la notion de respect d’autrui. L’hypocrisie, si tu veux
.
Oui, c’est ce qu’on appelle traiter les symptômes sans avoir compris l’origine du mal. Les parents qui enseignent à leurs enfants à respecter autrui ont-ils vraiment creuser la question de la respectabilité?


Elever des enfants n'est pas une science ni une activité intellectuelle.

le Veilleur a écrit:

Et pourquoi devrait-on supposer qu'il y puisse y avoir une contradiction entre psychologie et rationnalité?



Parce que, comme je l'ai déjà dit, nous ne sommes pas des êtres rationnels.


le Veilleur a écrit:


Citation:
Puis, comment y parviendrait-on ? Si ta réponse est de se connaître soi-même, il faudrait d’abord que tu arrives à me convaincre qu’il est possible d’avoir une compréhension objective de son propre être en tant que sujet. Vaste programme.

En tant que sujet, c’est-à-dire en tant que moi, on ne peut pas.


Tu ne préconises tout de même pas l'abolition de l'individu ?
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