Des boulons plein la tête.
Machinchoze lisait la 587° pages du dictionnaire avec ardeur. Depuis qu'il travaillait à la chaine de montage, il aimait lire le dictionnaire.
Comme ça, tout simplement.
Fantaisie d'ouvrier.
Devant lui, de joyeuses plaines à l'herbe rouge se profilaient. Le soleil bleu était froid, comme à son habitude, et l'ont pouvait voir des mouettes noires silhonner le ciel jaune, à la recherche de mine d'uranium.
Une joyeuse journée.
Derrière lui, un vieil entrepot, où les vieilles et crasseuses chaines de montages s'y entassaient, dans une lumière aux néons abject. Un bruit de boulon vissé emplissait la pièce en permanance, et sur des poteaux, de gentils mégaphone hurlaient : « Au travail, bande de feignasses ! »
Machinchoze ferma son dictionnaire, levant les yeux aux ciel. Comme tout bon citoyen il aimait le travail, presque plus que sa patrie. Le problème étant qu'il n'avait jamais pus mémoriser ces fables stupides qu'on lui apprenait depuis sa tendre enfance. « Le travail, c'est l'amélioration de soi-même, dans un esprit de franche camaraderie. » qu'On lui disait. Il ne voyait pas en quoi rester des heures assis à visser des boulons était profitable.
Il préférais de loin feuilletter son dictionnaire, pour apprendre des mots tel que « Armoire », « Ventouse », ou encore « Vésicule biliaire ».
Mais la société étant ce qu'elle est, il ne pouvais éviter de travailler.
Machinchoze, l'empoyé n° 587.912.463, alla s'assoir avec désinteret total à son tabouret de travail, pris sa clée de 20, et commença à visser, visser, visser ....
Crouic, un boulon. Crouic, un deuxième. Crouic, un troisième ...
Machinchoze s'était toujours interrogé sur l'infinie de son travail. Quand il vissait un boulon, il ne savait jamais s'il y en avait un de moins à visser ou un de plus de vissé. Un de plus est-il un de moins également ? Si on prenait en compte sa chaine qui, sens doute aucun, était interminable, un boulon en moins à visser n'enlevait rien au travail à accomplir ( ∞ - 1 = ∞ ). Ce n'était donc pas un de moins, surtout à en croire les mégaphones qu'ils leurs hurlaient qu'ils n'avait pas fait le nombre de boulons prévut, et qu'il y aurait deux fois plus de boulot pour le lend'main. Donc un de moins devenait même un de plus.
La pensée qu'il était payé à ne rien faire, et même à rajouter du travail à faire le fit sourire. Mais faire de la philosophie inutile ne le rendait pas forcément très joyeux. C'est alors que pour la troisième fois, il réouvrit son dictionnaire, cela même en plein travail. C'est en tombant sur le mot joyeux « Prophylaxie » que le mégaphone, du haut de son arbre de métal, tînt à peu près ce language : « Employé et consommateur n° 587.912.463, veuillez cesser toutes activitées ne se liant de près à votre travail »
Machinchoze referma brusquement son dictionnaire, indigné.
« Employé et consommateur n° 587.912.463, veuillez recommençer immédiatement l'accomplissement de votre travail. »
Machinchoze leva les yeux au ciel, et, d'un rictus amusé, balança sa clée de 20 dans la gueule au mégaphone, qui, avant de disfonctionner, lança un bref « Sécurit... couic. ».
Cinq admirables et magnifiques cars de CRS rose fluo arrivérent à grande vitesse, défonçant la tôle du mur de l'entrepot, saisisant au passage Machinchoze, pour le conduire à la prison la plus proche. Je ne pense pas necessaire de préciser qu'en passant par la case départ, il n'a reçu 20 000 francs.
Lors de son procés, les jurés et tout l'assemblée fut surpise de voir le sourire de l'accusé, lorsque la sentence tomba. Deux ans de prison ferme.
« Prison : n.f. ( XII°; prisun, prisum « prise, capture », 1080; lat. Pop. °prensio, -onis, class. prehensio, -onis, de prehendere )
I. Lieu de détention. 1° Etablissement clos aménagé pour recevoir des délinquants condamnés à une peine privative de liberté ou des prévenus en instance de jugement. »
Machinchoze referma le dictionnaire, et le posa sur sa paillasse, à côté de lui. En regardant à travers la maigre fenêtre grillagée, il aperçu de joyeuses plaines à l'herbe rouge. Le soleil bleu était froid, comme à son habitude, et l'ont pouvait voir des mouettes noires silhonner le ciel jaune, à la recherche de mine d'uranium.
Décidément, c'était une belle journée.
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Insane or not Insane, that a question ....