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 Errances intimes

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ours impatient
Drôle de zèbre
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MessageSujet: Errances intimes   Errances intimes EmptyDim 7 Nov - 9:35

bé c'est un genre de fil pour la poésie du je Mr green

extraits de Valéry Larbaud, Les poésies de A. O. Barnabooth, 1913, année faste.
(Les extraits se suivent, même si je les mets par petits morceaux)

    I

    Un jour, à Kharkov, dans un quartier populaire,
    (ô cette Russie méridionale, où toutes les femmes
    Avec leur châle blanc sur la tête ont des airs de Madone!)
    Je vis une jeune femme revenir de la fontaine
    Portant, à la mode de là-bas, comme du temps d'Ovide,
    Deux seaux suspendus aux extrémités d'un bois
    En équilibre sur le cou et les épaules.
    Et je vis un enfant s'approcher d'elle et lui parler.
    Alors, inclinant légèrement son corps à droite,
    Elle fit en sorte que son seau plein d'eau pure touchât le pavé
    Aux niveau des lèvres de l'enfant qui s'était mis à genoux pour boire.


Dernière édition par le Dim 7 Nov - 9:40, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Errances intimes   Errances intimes EmptyDim 7 Nov - 9:38

    II

    Un matin, à Rotterdam, sur le quai des Boompjes,
    (c'était le 18 Septembre 1900, vers huit heures)
    J'observais deux jeunes filles qui se rendaient à leurs ateliers;
    Et en face d'un des grands ponts de fer, elles se dirent au revoir,
    Leurs routes n'étaient plus les mêmes.
    Elles s'embrassèrent tendrement; leurs mains tremblantes
    Voulaient et ne voulaient pas se séparer; leurs bouches
    S'éloignaient douloureusement pour se rapprocher aussitôt
    Tandis que leurs yeux fixes se contemplaient...
    Ainsi elles se tinrent un long moment tout près l'une de l'autre,
    Debout et immobiles au milieu des passants affairés,
    Tandis que les remorqueurs grondaient sur le fleuve,
    et que les trains manœuvraient en sifflant sur les ponts de fer
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MessageSujet: Re: Errances intimes   Errances intimes EmptyDim 7 Nov - 9:42

    III

    Entre Cordoue et Séville, est une petite station où,
    Sans raisons apparentes, le Sud-Express s'arrête toujours.
    En vain le voyageur cherche des yeux un village
    Au delà de cette petite gare endormie sous les eucalyptus
    Il ne voit que la campagne andalouse: verte et dorée.
    Pourtant, de l'autre côté de la voie, en face,
    Il y a une hutte faite de branchages noircis et de terre,
    Et au bruit du train une marmaille loqueteuse en sort.
    La sœur aînée les précède, et s'avance tout près sur le quai
    Et, sans dire un mot, mais en souriant,
    Elle danse pour avoir des sous.
    Ses pieds, dans la poussière paraissent noirs,
    Son visage obscur et sale est sans beauté
    Elle danse, et par les larges trous de sa jupe couleur de cendre,
    On voit, nues, s'agiter ses cuisses maigres,
    Et rouler son petit ventre jaune;
    Et chaque fois, pour cela, quelques messieurs ricanent,
    Dans l'odeur des cigares, au wagon restaurant...
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MessageSujet: Re: Errances intimes   Errances intimes EmptyDim 7 Nov - 9:42

Poésies autobiographiques? Hum...ça me plaît. wink

A plus tard.
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MessageSujet: Re: Errances intimes   Errances intimes EmptyLun 13 Déc - 23:15

Poésie du je, voyages de vie...

Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien, 1913

    En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
    J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
    J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
    J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
    Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
    Car mon adolescence était si ardente et si folle
    Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
    Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
    Et j'étais déjà si mauvais poète
    Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

    Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or,
    Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
    Et l'or mielleux des cloches...
    Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
    J'avais soif
    Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
    Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
    Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
    Et ceci, c'était les dernières réminiscences
    Du dernier jour
    Du tout dernier voyage
    Et de la mer.

_________________
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MessageSujet: Re: Errances intimes   Errances intimes EmptyLun 13 Déc - 23:18

on continue pasqu'on aime ça, le je errant et chaotique Mr green

    Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
    Je ne savais pas aller jusqu'au bout.
    J'avais faim
    Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
    J'aurais voulu les boire et les casser
    Et toutes les vitrines et toutes les rues
    Et toutes les maisons et toutes les vies
    Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
    J'aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive
    Et j'aurais voulu broyer tous les os
    Et arracher toutes les langues
    Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m'affolent...
    Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe...
    Et le soleil était une mauvaise plaie
    Qui s'ouvrait comme un brasier

    En ce temps-là j'étais en mon adolescence
    J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
    J'étais à Moscou où je voulais me nourrir de flammes
    Et je n'avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux


_________________
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