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 Wangari Maathai

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Muda
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Wangari Maathai Empty
MessageSujet: Wangari Maathai   Wangari Maathai EmptySam 19 Fév - 21:09

PORTRAIT

PRIX NOBEL DE LA PAIX 2004

WANGARI MAATHAI

LA « MÈRE DES ARBRES »

Première femme africaine à recevoir le prix Nobel de la paix, Wangari Maathai s'est fait un nom en luttant contre la déforestation au Kenya. En près de trente ans d'existence, son association, Green Belt (ceinture verte), a planté 30 millions d'arbres. Un combat pour la biodiversité qui a permis de créer des emplois et de valoriser l'image de la femme dans la société kényane. Portrait d'une militante inclassable. JEAN-PIERRE LANGELLIER

Elle allie la force des calmes certitudes, fruit d'une vie de combat, et l'élégance rieuse d'une adolescente, au regard tour à tour grave et candide. La coiffe et le corsage traditionnels, assortis or et blanc, ajoutent à sa prestance naturelle. A 64 ans, la Kényane Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix 2004, conserve une éclatante jeunesse. D'où l'étrange contraste entre son visage, resté presque enfantin, et sa parole, à la fois sérieuse et pondérée.

C'est une pédagogue dans l'âme, qui fut, dès la fin des années 1960, la première femme noire nommée professeur d'université à Nairobi, et la première à y décrocher un doctorat en 1971, avant d'obtenir la chaire de biologie vétérinaire. Douzième femme à recevoir la prestigieuse récompense - c'était le 10 décembre 2004 à Oslo depuis sa création en 1901, elle en est également la première récipiendaire africaine, et la première lauréate écologiste.

Cette brillante intellectuelle, qui lutte depuis trente ans pour la protection de l'environnement des hauts plateaux du Kenya, aime illustrer l'urgence de son message par des métaphores, notamment bibliques. « Dieu a créé le monde entre le lundi et le vendredi et créé l'homme le samedi. Heureusement que l'homme n'est pas apparu un mardi, car dès le lendemain il serait mort, faute de trouver de quoi survivre. » Comme le soulignait le jury du Nobel, en justifiant son choix, Wangari Maathai « pense globalement et agit localement ».

POUR UN LOPIN DE TERRE CULTIVABLE

Dans l'antichambre de l'hôtel où elle nous reçoit, lors d'un passage à Londres, elle décrit le lien entre l'environnement et la paix comme une évidence trop tardivement reconnue. « C'est une idée que nous défendons depuis longtemps et dont l'heure est enfin venue. Le développement durable, la démocratie et la paix sont liés de façon indivisible. De nombreux conflits, notamment en Afrique, résultent d'une lutte pour le contrôle des ressources naturelles. Soit parce que celles-ci se raréfient, comme l'eau potable ou les pâturages, car l'environnement se dégrade. Soit parce qu'une minorité s'en empare et les exploite à son profit, au détriment de la majorité. Pour garantir la paix, il faut gérer ces ressources de manière responsable et les distribuer de manière équitable. Ce qui suppose, en amont, le règne de la démocratie. La plupart des pays mal gouvernés protègent mal leur environnement et sont en proie à des conflits. »

La lutte pour les ressources naturelles, et d'abord pour le shamba, le lopin de terre cultivable, est particulièrement vive au Kenya. Le paradis des safaris et des plages tropicales, à la démographie galopante, est aux deux tiers aride ou semi-aride. Seuls les hauts plateaux du centre et de l'ouest du pays profitent de terres généreuses, où le colonisateur britannique a introduit les cultures d'exportation, comme le thé et le café. Wangari Maathai est née en 1940 dans cette région où la luxuriance de la nature contrastait avec la pauvreté du plus grand nombre. Son village est proche de Nyeri, au coeur de l'ethnie kikuyu, et à l'ombre tutélaire du mont Kenya.

D'humble origine, la petite Wangari est remarquée, très jeune, par les soeurs catholiques qui - chose rarissime à l'époque - lui permettent d'aller étudier aux Etats-Unis. Elle se perfectionne en Allemagne et connaît, après l'indépendance du Kenya en 1963, une fulgurante ascension universitaire. Dix ans plus tard, divorcée, et en froid avec l'autorité académique, elle se retrouve au chômage. C'est alors qu'elle s'intéresse aux femmes, puis à l'environnement, en constatant la progression des terres arides : « C'était nouveau pour moi. En longue kikuyu, le mot "désert" n'existe pas. » En 1977, elle crée Green Belt (ceinture verte), fer de lance de ses futurs combats.

« Jadis, les femmes n'allaient pas dans la forêt Elles trouvaient assez d'eau potable et de bois de chauffe dans leurs villages. L'exploitation intense des cultures de rente et des plantations a dégradé les sols et poussé les paysannes à couper les arbres. C'était une réponse à leurs problèmes de survie. » Wangari Maathai a donc fait d'une pierre deux coups : son association emploie des femmes pour reboiser, moyennant un salaire qui améliore leur quotidien. « Au début, notre action n'était pas, pour l'essentiel, politique. Elle l'est devenue plus tard lorsque nous nous sommes heurtées aux politiciens corrompus et avides qui, en ravageant ou en privatisant la forêt, étaient les premiers destructeurs de l'environnement. »

Green Belt forge sa renommée dans les années 1980-1990 par une série d'actions spectaculaires, et parfois victorieuses. Le mouvement obtient ainsi l'abandon du projet de construction d'une tour de soixante étages dans Uhuru Park, le grand jardin public au centre de Nairobi. Un jour, des militantes, mères de détenus, se dénudent devant les policiers, qui les frappent pourtant. L'association défend avec ardeur la forêt de Karura, livrée à des promoteurs, non loin de la capitale. « Notre seule force était notre capacité de résistance non violente. Lorsqu'un espace public était menacé, on y manifestait, on plantait des arbres et on étendait des banderoles proclamant : ne volez pas les terres du peuple ! »

L'intraitable militante connaît des hauts et des bas. Elle doit même s'exiler, un temps, en Tanzanie. Candidate à l'élection présidentielle de 1997, elle recueille un piètre score. Mais l'avènement du multipartisme la propulse députée en 2002 (avec 98 % des voix), puis ministre adjointe de l'environnement en 2003.

Au fil de ces années, Wangari Maathai développe dans les villages un « programme civique d'éducation à l'environnement » axé sur des sessions de trois jours. « Le premier jour, raconte-t-elle, nous demandons aux femmes d'énumérer les problèmes qu'elles rencontrent dans leurs communautés. Elles évoquent la nourriture, l'eau, l'insécurité, la scolarisation trop chère. Elles débordent d'enthousiasme en pensant qu'on va résoudre tout cela. Le deuxième jour, nous leur demandons d'où viennent ces problèmes. Elles blâment tout le monde, sauf elles-mêmes. Nous leur expliquons que certains problèmes sont politiques ou sociaux et qu'ils seront seulement réglés en élisant des politiciens plus honnêtes, d'où la nécessité pour elles de voter. Mais on ajoute qu'elles peuvent aider à régler une partie des problèmes écologiques. Le troisième jour, nous identifions les solutions : creuser un fossé, aménager une terrasse, planter des arbres. Cette prise de conscience, par la pédagogie et l'analyse, leur évite d'être découragées par l'ampleur des problèmes. »

Sous l'égide de Green Belt, 30 millions d'arbres ont été plantés. Aujourd'hui, Wangari Maathai est devenue Mama Miti (mère des arbres en swahili), un personnage exemplaire, héroïne intouchable. « Je n'ai pas cherché à me poser en modèle. Mois je savais depuis quelques années que le Kenya entrait dans un nouvel âge. Beaucoup de jeunes ont compris mon combat, parce que mes prédictions sont devenues, hélas, réalité. Les rivières qui s'assèchent, les flamants roses qui ne viennent plus boire au bord du lac Nakuru, tout ce beau patrimoine soudain en danger. J'ai été longtemps incomprise, mais j'ai toujours su que j'avais raison et que les femmes avec qui je travaillais croyaient en moi. A mon tour, je trouvais courage dons les changements positifs qu'elles introduisaient dans leurs villages. En revanche, dans mon univers, celui des universitaires, de l'élite des villes, on ne me prenait pas très au sérieux. »

L'argent du prix Nobel - 1,4 million de dollars - alimentera en partie les caisses de la fondation qui porte son nom. Pour que son oeuvre dure, et pour permettre à des étudiants « de comprendre ce que nous avons fait, et pourquoi » et de se mettre, à leur tour, au service du développement durable. Un thème passionne aujourd'hui Mama Miti, la relation étroite et fragile entre nature et culture. « Je suis très attachée à la préservation de la diversité culturelle. Lorsque celle-ci se perd, le respect de la nature disparaît avec elle. Dans la tradition de mon peuple, les Kikuyus, le mont Kenya est le siège des dieux, qu'on protégeait. Lorsque ce rapport spirituel a disparu, on s'est senti libre d'exploiter ses forêts, au point de les détruire. »

Dans sa défense des traditions, Wangari Maathai a parfois donné prise à la controverse. On lui a reproché d'avoir rappelé un jour que « l'excision est au coeur de l'identité des Kikuyus » dont « toutes les valeurs sont construites autour de cette pratique ». Mais elle se défend de toute complaisance envers les mutilations génitales, « que personne ne peut approuver ». Dans son discours d'acceptation du Nobel, elle a d'ailleurs pris soin de dénoncer « ces traditions rétrogrades en voie d'abandon ».

« Les excisions, insiste-t-elle, n'étaient qu'un élément des cérémonies d'initiation marquant l'admission dans la communauté. Il faut s'en débarrasser sans pour autant renier l'ensemble de l'héritage culturel. Les Africains doivent conserver ce qui est bon dans le legs de leurs ancêtres. » Dans un texte sur le sida qu'elle nous distribue, Wangari Maathai souligne qu'elle « n'a jamais dit ou cru que le VIH avait été développé par les Blancs pour détruire les peuples d'Afrique ». Manière de tordre le cou à une autre accusation lancée contre elle.

Wangari Maathai éclate de rire lorsqu'on lui rappelle ce que son ancien mari disait d'elle il y a plus de vingt ans : « Elle est trop éduquée, trop forte, trop têtue et trop difficile à contrôler. » « Je ne suis pas comme cela, proteste-t-elle mollement. J'essayais désespérément alors de ne pas divorcer, et d'élever mes enfants en famille. A l'époque, la société n'était pas prête à accepter des personnalités comme la mienne. Mon mari était soumis à des pressions. On lui disait : "Comment peux-tu vivre avec ce genre de femme, c'est toi ou c'est elle qui commande ?" Aujourd'hui, je suis sûr qu'il m'approuverait. » Vraiment, n'est-elle pas têtue ? « Je suis entêtée comme tous les Kenyans qui ont eu raison d'espérer obstinément dans la démocratie. »

LE MONDE 2 ? N° 51
5 février 2005
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