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 Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...

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Hématite
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Hématite

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MessageSujet: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 12:16

On est déjà le trois novembre... on vient de changer d'heure et on entre à grands pas dans la saison des froids, des pluies et des nuits toujours plus longues... Personnellement j'aime beaucoup cette période de l'année. Dans un fil poésie, c'est peut-être aussi l'occasion de sortir quelques poèmes nocturnes ou hivernaux?



Brumes et Pluies

Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n'est plus doux au cœur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
– Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.


Baudelaire, Les Fleurs Du Mal Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... Caillebotte_paris_pluie_s
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Hématite
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 12:26

Cauchemar

J'ai vu passer dans mon rêve
-Tel l'ouragan sur la grève,-
D'une main tenant un glaive
Et de l'autre un sablier,
Ce cavalier

Des ballades d'Allemagne
Qu'à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
Un étalon

Rouge-flamme et noir d'ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne,
Ni hop! ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
Toujours! Toujours!

Un grand feutre à longue plume
Ombrait son oeil qui s'allume
Et s'éteint. Tel, dans la brume,
Eclate et meurt l'éclair bleu
D'une arme à feu.

Comme l'aile d'une orfraie
Qu'un subit orage effraie,
Par l'air que la neige raie,
Son manteau se soulevant
Claquait au vent,

Et montrait d'un air de gloire
Un torse d'ombre et d'ivoire,
Tanids que dans la nuit noire
Luisaient en des cris stridents
Trente-deux dents.


Paul Verlaine, Poèmes Saturniens


Dernière édition par le Mer 3 Nov - 12:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 12:39

Chauves-souris


La nuit s’use à force de servir. Elle ne s’use point par le haut, dans ses étoiles. Elle s’use comme une robe qui traîne à terre, entre les cailloux et les arbres, jusqu’au fond des tunnels malsains et des caves humides. Il n’est pas de coin où ne pénètre un pan de nuit. L’épine le crève, les froids le gercent, la boue le gâte. Et chaque matin, quand la nuit remonte, des loques s’en détachent, accrochées au hasard. Ainsi naissent les chauves-souris. Et elles doivent à cette origine de ne pouvoir supporter l’éclat du jour. Le soleil couché, quand nous prenons le frais, elles se décollent des vieilles poutres où, léthargiques, elles pendaient d’une griffe. Leur vol gauche nous inquiète. D’une aile baleinée et sans plumes, elles palpitent autour de nous. Elles se dirigent moins avec d’inutiles yeux blessés qu’avec l’oreille. Mon amie cache son visage, et moi je détourne la tête par peur du choc impur. On dit qu’avec plus d’ardeur que notre amour même, elles nous suceraient le sang jusqu’à la mort. Comme on exagère ! Elles ne sont pas méchantes. Elles ne nous touchent jamais. Filles de la nuit, elles ne détestent que les lumières, et, du frôlement de leurs petits châles funèbres, elles cherchent des bougies à souffler.

Jules Renard, Histoires naturelles
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ours impatient
Drôle de zèbre
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 13:22

ben Baudelaire comme d'hab chinese Verlaine aussi zz Mr green
et Jules Renard charmant, le verbe délicat, la touche légère, j'aime bcp..." du frôlement de leurs petits châles funèbres, elles cherchent des bougies à souffler."
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Hématite
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 14:06

Allez ourse tu n'en as pas un petit à nous filer?

voui je sais j'ai pô été gentille, j'ai mis du Verlaine... m'enfin
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ours impatient
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 15:21

passer de Jules Renard à Agrippa d'Aubigné, plaisirs d'automne D


    Voici la mort du ciel en l'effort douloureux
    Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux.
    Le ciel gémit d'ahan, tous ses nerfs se retirent,
    Ses poumons près à près sans relâche respirent.
    Le soleil vêt de noir le bel or de ses feux,
    Le bel oeil de ce monde est privé de ses yeux ;
    L'âme de tant de fleurs n'est plus épanouie,
    Il n'y a plus de vie au principe de vie :
    Et, comme un corps humain est tout mort terrassé
    Dès que du moindre coup au coeur il est blessé,
    Ainsi faut que le monde et meure et se confonde
    Dès la moindre blessure au soleil, coeur du monde.
    La lune perd l'argent de son teint clair et blanc,
    La lune tourne en haut son visage de sang ;
    Toute étoile se meurt : les prophètes fidèles
    Du destin vont souffrir éclipses éternelles.
    Tout se cache de peur : le feu s'enfuit dans l'air,
    L'air en l'eau, l'eau en terre ; au funèbre mêlé
    Tout beau perd sa couleur.

    Agrippa d'Aubigné, Les Tragiques, 1616
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 16:24

Paul VERLAINE
(1844-1896)

( Poèmes saturniens)

Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 16:27

Alphonse de Lamartine

L'automne

Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !
Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
L'air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel !
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel ?

Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ?
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu ? ...

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 16:37

Baudelaire

Chant d'automne

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !

.
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyMer 3 Nov - 16:41

Guillaume Apollinaire

Automne malade.

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule
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sapotille
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyLun 22 Nov - 23:42

cheers Apollinaire!



Ce chemin
Personne ne le prend
que le couchant d'automne.

Bashô

chinese

Le vent d'automne fait fureur
mais haut dans le ciel
les nuages sont immobiles.


Rogetsu

chinese
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptyLun 22 Nov - 23:49

Nuit d'hiver
Comment dormir
Quand la mer ne dort pas?


(c'est mon haïku d'hiver préféré mais je ne me souviens plus du nom de l'auteur, ça se trouve quelque part dans mon anthologie de haïku)
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... EmptySam 27 Nov - 22:04

"Dans le jour finissant de la terre
Le souffle de l'automne long
Est venu jaunir le sol.
Erre un vent indécis,
Tel dans le sommeil un mauvais rêve,
Dans la livide solitude.

Il soulève les feuilles, dépose
Les feuilles, vire et virevolte,
Se dissipe à nouveau, encore.
Mais la feuille ne repose pas
Et livide, le vent tourbillonne,
tout expirant dans sa lividité.

Je ne suis plus ce que j'étais;
J'ai mis à mort ce que j'ai rêvé;
Et même celui qu'aujourd'hui je suis,
Demain j'en dirai, que ne puis-je
Le devenir à nouveau!...Encore plus froid,
Revient déjà le vent indécis."

Fernando Pessoa (Cancionneiro)
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MessageSujet: Re: Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe...   Le froid descend, les nuits s'étirent et la pluie tombe... Empty

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